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Ionesco aux Feuillants - Une leçon de théâtre

dimanche 20 mars 2016, par Emmanuel Freund

Le mardi 8 mars 2016, l’Association Bourguignonne Culturelle a eu le plaisir d’accueillir, pour la seconde fois de la saison, au Théâtre des Feuillants, Les Tréteaux de France avec La Leçon, d’Eugène Ionesco dans une mise en scène de Christian Schiaretti. Cette représentation a été l’occasion, pour les élèves du dispositif Collège au théâtre, de réagir à une œuvre dont le thème les interpelait directement.

Alors que les spectateurs s’installent, les regards se fixent sur le plateau : des fauteuils blancs, trois tableaux blancs, des empilements de livres… La scénographie se veut esthétique et moderne.

Soudain on sonne à la porte. Une élève se présente. La bonne vient ouvrir. Lorsque le professeur apparaît, la leçon peut alors commencer. Géographie, arithmétique, philologie… les leçons s’enchaînent avec un rythme soutenu.

Dans la salle les rires fusent alors que la tension monte. Chacun est sensible au basculement progressif de la pièce : les lumières se nuancent vers le rouge, les costumes se délitent, les corps se désarticulent, le discours du professeur gagne en virulence, interrompu par les « j’ai mal aux dents » de son élève.

Alors que la lumière se rallume, les visages de la centaine de collégiens qui ont assisté à la représentation dans le cadre du dispositif « collège au théâtre », disent le plaisir d’avoir partagé cette leçon d’un genre particulier.

Une rencontre de bord de plateau est l’occasion pour les jeunes spectateurs de discuter avec les trois comédiens de la pièce tout en assistant au démontage du décor. Les collégiens, avec beaucoup de spontanéité, questionnent immédiatement la cruauté du professeur, sa folie, ses pulsions : « Quand le professeur défait sa ceinture, j’ai cru qu’il allait la violer. » « On voit bien qu’il y a un crescendo dans la pièce vers le meurtre, mais pourquoi il la tue ? ». Un autre collégien interroge également le choix d’Yves Bressiant pour incarner la bonne : « Mais Marie, finalement, c’est un homme ou une femme ? ». Beaucoup avouent avoir été sensibles à l’étrangeté de la pièce, à son caractère « absurde ».

L’équipe artistique répond avec beaucoup de générosité, revenant sur la genèse de la pièce pour mieux en comprendre les enjeux.

Les professeurs qui ont assisté à la représentation, avouent, quant à eux, avoir frémi en se reconnaissant parfois dans ce personnage incarné par René Loyon. C’est l’occasion pour les comédiens de rappeler qu’il n’est peut-être pas tant question finalement d’éducation nationale à travers cette leçon mais plus largement du pouvoir du langage et de « l’emprise des cerveaux », thème central pour les Tréteaux de France.

informations complémentaires

avec René Loyon (le professeur), Jeanne Brouaye (l’élève), Yves Bressiant (la bonne)
scénographie et accessoires : Samuel Poncet
costumes : Thibaut Welchlin
lumières : Julia Grand
maquillage/Coiffure : Romain Marietti et Julie Brenot
assistante mise en scène : Joséphine Chaffin

Une création en co-production Tréteaux de France - direction Robin Renucci et Théâtre National Populaire - direction Christian Schiaretti, Centres Dramatiques Nationaux.

article proposé par Gaëlle Cabau, professeur missionnée en service éducatif à l’ABC Dijon.