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L’Orange mécanique - une création en résidence au lycée Saint-Germain à Auxerre

dimanche 3 janvier 2016, par Laurence Rauline

À l’automne 2015, la compagnie Esquimots était en résidence au lycée Saint-Germain à Auxerre pour créer une adaptation de L’Orange mécanique, roman d’Anthony Burgess. Les lycéens ont été associés à cette démarche artistique qui s’est terminée le jeudi 10 décembre par la première, au théâtre de la ville.

Le travail de Marion Chobert, metteur en scène et fondatrice en 2004 de la compagnie Esquimots, permet souvent de s’interroger sur la violence des jeunes. Les spectacles présentent des personnages qui mettent à l’épreuve les limites de notre société. Ils s’adressent à des spectateurs adolescents qui peuvent y voir le miroir de leurs propres désirs et de leur questionnement sur le monde comme sur eux-mêmes.

l’adolescence en questions

Avec La Chambre rouge en 2014, adaptation des Désarrois de l’élève Törless, œuvre de Robert Musil, Marion Chobert invitait déjà à réfléchir à la violence du groupe, qui peut harceler l’individu gratuitement, ou l’entraîner à être bourreau, avec un acharnement qui le dépasse.

Dans L’Orange mécanique, Alex est un jeune homme de 15 ans ultra-violent, qui bascule dans le crime, sans l’avoir vraiment prémédité, par désœuvrement, par provocation à l’égard d’un monde dans lequel il ne trouve pas sa place, presque par accident.

de la violence individuelle à la violence sociale

La violence d’Alex est aussi le fruit d’une volonté de briser tous les codes, y compris ceux du langage. Il invente en effet un argot, langage imaginaire qui mêle différentes langues. Ses mots directs, imagés et brutaux, traduisent un désir de liberté et une créativité à laquelle la société n’accorde aucune légitimité, voire qu’elle considère comme des menaces potentielles. L’acteur donne à entendre cette musique des mots, dont l’accompagnement instrumental fait presque un chant lancinant, hypnotique.

À la violence individuelle du personnage répond l’extrême violence de la justice, qui apparaît en fait comme un instrument de contrôle social, d’inspiration totalitaire, destiné à garantir l’ordre au prix de la liberté individuelle et de la dignité humaine.

des résonances très actuelles

Pour les lycéens de Saint-Germain, la pièce ne pouvait que trouver des échos dans l’actualité : les attentats du mois de novembre et l’état d’urgence constituent autant de raisons de réfléchir au juste équilibre entre nos libertés et notre légitime exigence de sécurité. Avec la compagnie Esquimots, les élèves ont donc pu à la fois comprendre le processus d’élaboration d’une pièce de théâtre et échanger sur des questions essentielles à la formation de leur esprit citoyen.

Après la première de la pièce, à laquelle assistaient aussi les élèves du collège Paul Bert d’Auxerre, ils ont pu poser des questions à Marion Chobert et exprimer leur ressenti. La représentation, portée par le jeu de l’acteur seul en scène et la force du texte, n’a laissé personne indifférent.


Voir en ligne : L’Orange mécanique sur le site du Théâtre d’Auxerre