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École Max-Pol Fouchet - Vézelay : "Patrimoines en Bourgogne : parcours de découvertes et de sensations"

dimanche 14 juin 2015, par Emmanuel Freund

Jeudi 28 mai, les enfants de l’école élémentaire Max-Pol Fouchet de Vézelay ont pu donner libre cours à l’expression de leurs sensations par le biais de l’écriture. Animé par l’écrivain Sylvaine Jaoui, cet atelier concluait un cycle d’interventions dans le cadre d’un projet aux dimensions multiples qui s’articule sur les temps scolaire et périscolaire. Une action qui implique fortement la communauté villageoise et qui se développe en lien avec le dispositif Patrimoines en Bourgogne.

Cahiers et stylos à portée de main, une vingtaine d’élèves du CP au CM2 sont assis par terre autour de Sylvaine Jaoui. Pour introduire le thème de cet atelier d’écriture d’un genre particulier, l’auteur de littérature jeunesse leur a parlé émoticônes et autres « smileys ». En effet, aujourd’hui, à l’école de Vézelay, il sera question de sensations et d’émotions. Il n’y a rien à comprendre mais tout à éprouver, et « celui qui réfléchit a perdu ! » avertit l’auteur de littérature jeunesse, avant de commencer une distribution de... chocolat. Absorbés par leur dégustation, les enfants sont invités à écrire cinq mots qui leur viennent, en toute simplicité et en toute spontanéité. « Bon », « délicieux », « noir »... les premières propositions sont plutôt convenues, même si d’autres présentent déjà des associations d’idées plus insolites.

Mis en confiance par leurs premiers essais, les élèves sont prêts à poursuivre leur exploration vers des senteurs plus exotiques. Aidée de Myriam Blandin, l’enseignante en charge de la classe, l’intervenante dépose dans chaque main tendue quelques grains de cumin ou de muscade. Les enfants sont invités une fois encore à écrire librement les cinq premiers mots que leur inspire, à tous les sens du terme, ces effluves épices. « N’importe lesquels, Madame ? - Oui, les écrivains ont tous les droits ».

« partir dans tous les sens »

Au cours de l’atelier se succèdent ainsi des déclencheurs d’écriture qui font tous appel à différents sens : le toucher d’un morceau de coton – ou d’un « doudou » apporté pour l’occasion – suscitera pour certains des évocations maternelles. Le goût du tabasco sera associé au sentiment de la colère... A partir des mots tirés de cette palette sensorielle, les enfants sont peu à peu amenés à développer leur propos. Du mot à la phrase, de la phrase au paragraphe, chacun suit son propre fil, dans des directions parfois inattendues.

Lors de la phase finale de l’activité, les élèves sont rassemblés dans la cour de récréation de l’école, en l’occurrence un véritable jardin donnant sur les contreforts des monts du Morvan. « Fermez les yeux et écoutez les sons du silence, » propose Sylvaine Jaoui. Dans une ambiance paisible, presque méditative, chaque enfant écrit, puis écoute les dernières contributions de ses camarades. On découvre que les associations libres du début sont devenues, pour certains d’entre eux, le début de véritables histoires. Dans cette cour d’école printanière, jamais l’expression « écrivains en herbe » ne fut plus justement employée.

« On n’est pas là pour faire du beau mais pour faire du vrai. »

Les romans de Sylvaine Jaoui ont souvent un fort impact émotionnel sur les jeunes lecteurs. En autodidacte, l’auteure a élaboré une méthodologie originale de l’atelier d’écriture. Sa pratique s’est forgée tout d’abord à l’épreuve d’une expérience d’enseignement en milieu scolaire difficile qui a remis en question son approche de la littérature. Elle s’est nourrie ensuite de son intérêt pour les synesthésies de Baudelaire et de Proust, ainsi que des travaux psychanalytiques de Gérard Haddad. « Faire écrire les enfants a libéré ma propre écriture », affirme cette formatrice pour qui la littérature n’a de sens que si elle permet de se rapprocher de soi pour mieux s’approcher de l’autre. Ses ateliers illustrent ce principe par le biais d’un protocole à la fois souple et éprouvé qui, partant des sensations pour aller vers l’émotion, prend en compte la personne de l’enfant dans son intégralité.

L’atelier d’écriture animé bénévolement ce jeudi 28 mai 2015, venait comme en conclusion d’un cycle d’interventions financé dans le cadre d’un projet « Patrimoines en Bourgogne ». Le volet écriture n’est en fait que l’une des multiples facettes ce cette action menée depuis septembre 2014 à l’école Max-Pol Fouchet de Vézelay. Un projet dont l’ambition de départ était de faire découvrir aux jeunes Vézeliens un patrimoine historique et artistique ancien et contemporain, qui déplace des milliers de touristes chaque année mais qui échappe trop souvent aux jeunes eux-mêmes, et parfois à leurs parents.

un projet à l’échelle du village

Mené dans un cadre à la fois scolaire et périscolaire, ce projet couvre des champs et des domaines multiples grâce à de nombreux partenariats locaux. Au sein de l’école, Myriam Blandin s’est concentrée avec ses élèves sur les aspects patrimoniaux liés au passé médiéval du village, ainsi que sur l’histoire de l’école du village. Les enfants ont bien évidemment abordé l’architecture du Moyen-âge, mais aussi d’autres aspects comme l’art de l’enluminure grâce à l’intervention de Béatrice Van den Bossche, artiste locale.

En effet, le réseau des acteurs culturels et associatifs locaux a été largement mobilisé par Monique Bel, élue locale chargé des affaires scolaires, afin de contribuer à la mise en place de ce projet. Dans le cadre du temps d’accompagnement périscolaire, chaque intervenant potentiel a été sollicité pour consacrer un peu de son temps pour présenter une activité, parler d’un sujet particulier en rapport avec le patrimoine vézelien.

Pour donner envie aux enfants de faire découvrir leur village, une sorte de « chasse aux trésors de rue » a été mise en place : il s’agissait de repérer et d’identifier dans la rue centrale de Vézelay toutes les plaques commémoratives et autres indices susceptibles de mettre les enfants sur la piste de personnalités vivant ou ayant vécu sur la « Colline éternelle ». Le fruit de ces recherches des élèves a été publié dans un journal en attendant l’édition d’un véritable guide élaboré par les enfants. Puis ils sont allés interviewer les artistes vivant aujourd’hui à Vézelay – démarche qui a abouti au troisième numéro du journal de l’école, en ont accueilli d’autres – comme Pierre Ribo, fabricant de serpents (pas le reptile, mais l’instrument de musique) venu leur faire découvrir son instrument. La Cité de la Voix leur a permis de découvrir à la fois la musique médiévale et un groupe très contemporain.

Les restitutions de ce projet prendront des formes diverses. Lors du premier week-end d’octobre, l’exposition des travaux de l’année sera présentée à la maison Jules Roy, au cours d’un après-midi consacré à la littérature jeunesse avec la participation de Sylvaine Jaoui, qui y mènera par ailleurs une résidence d’artiste pendant tout l’été. Autant d’occasions de partager cette action avec les familles le patrimoine de ceux qui en seront les futurs détenteurs.

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