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1% artistique au lycée Jacques Amyot : inauguration autour du Minotaure

dimanche 7 avril 2019, par Emmanuel Freund

Le 12 avril 2019, au lycée Jacques Amyot, à Auxerre, sera inaugurée une plaque informative en bronze consacrée au Minotaure, installation monumentale réalisée par Arturo Carmassi. Fruit des recherches menées par un club de lycéens, cette plaque fait l’objet d’une exposition qui en retrace les étapes. Entretien avec Joris Joannes, l’homme dont la curiosité, devenue passion, a fortement contribué à ce que cette œuvre réalisée au titre du 1% artistique devienne l’emblème de l’établissement.

Le club "Minotaure" du lycée Jacques Amyot d’Auxerre s’est donné pour mission de réaliser une plaque informative à poser à proximité de la statue du Minotaure. Depuis octobre 2018, les élèves ont mené des recherches documentaires et ont réalisé un modèle en plâtre qui a finalement été coulé en fonte le 29 mars 2019. Des premiers croquis au modèle final, l’exposition au CDI retrace les différentes phases de ce projet d’éducation artistique et culturelle qui illustre comment la rencontre avec une œuvre du 1% peut rayonner sur l’ensemble d’un établissement.

Au début de cette aventure, il y a la passion d’un membre de la communauté éducative pour une œuvre d’art qui, comme nombre de ses homologues, avait sombré dans l’oubli. Arrivé au lycée Jacques Amyot en 2002, Joris Joannes éprouve au fil des ans une curiosité croissante pour cette statue sur laquelle aucune information ne semble avoir été conservée. Après quelques recherches infructueuses, le technicien de laboratoire trouve tout d’abord une fiche d’inventaire sur le site Internet du patrimoine de Bourgogne, puis une statuette en bronze achetée dans un vide-greniers lui permet de retrouver le fil qui le mènera vers le secret du "monstre".

de la recherche artistique à la quête humaine

Grâce aux inscriptions figurant sur la statuette, Joris Joannes rencontre des anciens de la fonderie Guilliet d’Auxerre : ouvriers, directeur, chef d’atelier, modeleur, qui tous ont participé au projet et croisé l’artiste. Puis il a l’occasion d’être reçu par Jean-Pierre Soisson qui lui parle de "son ami Arturo", autour d’un verre du cru. Début 2015, peu après la disparition de l’auteur du Minotaure, un voyage en Italie l’amène jusque dans son atelier où il sera accueilli par sa compagne afin d’évoquer la mémoire de l’artiste. Et de retour à Auxerre, la quête se poursuit, cette fois en associant les élèves de l’établissement...

- Après des années de recherches personnelles et familiales, vous partagez votre passion avec les élèves. Quel projet menez-vous avec eux ?

Joris Joannes : Plus tard, pour partager un peu de mon expérience, j’ai décidé de mettre en place le club "Minotaure". Et vu les difficultés que j’avais eues à trouver de l’information, l’idée de réaliser une plaque informative s’est imposée d’elle-même. Le club compte quatre élèves de 1ère S : Alice, Léa, Louan et Océane, auxquelles s’est greffée ma fille Galatée, qui a participé à la plupart des recherches, et qui intégrera le lycée à la rentrée prochaine.

- Comment avez-vous motivé les élèves pour travailler sur cette œuvre du 1% ?

J. J. : Il n’a pas été difficile de les motiver. La perspective d’en apprendre davantage sur le Minotaure, d’informer le lycée, de créer des moules, un modèle, d’assister à une coulée de métal en fusion, les a tout de suite emballées. Et l’idée de laisser leur nom dans la fonte pour la postérité, plutôt que sous la forme d’un graffiti sur un coin de table, a achevé de les convaincre.

Après quelques recherches menées par les jeunes sur l’artiste, l’ensemble de son œuvre, le Minotaure et son mythe, nous avons pu discuter de la forme qu’allait prendre cette plaque. Il s’agira d’une plaque en fonte réalisée à la façon de la statuette à l’origine de l’histoire. En plus de l’axe informatif, la plaque sera illustrée de six scénettes reprenant les moments clés du mythe minoen.

Dans le but de réaliser le modèle que nous fournirons à la fonderie, nous avons rendu visite au modeleur du grand Minotaure pour qu’il nous conseille. La plaque sera posée sur un présentoir réalisé en partenariat avec la section métallerie du lycée professionnel de Sens.

- Quelle relation les élèves ont-ils avec cette œuvre dans l’établissement ? Voyez-vous un changement chez les élèves avec qui vous montez ce projet ?

J. J. : Comprendre comment et par qui a été réalisée cette statue, et concevoir cet objet dans l’esprit de l’artiste, a fondamentalement changé leur vison de l’œuvre. De simple objet du lycée, elle s’est transformée, personnalisée, elle est devenue le Minotaure.

- Et vous, quel regard portez-vous aujourd’hui sur le Minotaure ? Quelle place peut avoir selon vous une œuvre au 1% dans la vie d’un établissement ?

J. J. : Nous espérons que notre projet participera à le faire reconnaître encore plus largement. Encore plus largement, car depuis quelques années, le Minotaure devient une figure incontournable du lycée. Grâce à l’impulsion de quelques enseignants, il est désormais présent sur le papier à en-tête du lycée, des sweats, des porte-clés, et se visite lors des Journées européennes du patrimoine.

Pour moi, s’il a été ignoré et même souvent dénigré pendant ses trente premières années, il ne fait aucun doute qu’il s’est éveillé et commence même à rayonner hors les murs. Son heure est venue ! [...] Notre bestiole est la preuve, s’il en fallait une, de l’intérêt de ce 1% qui peut jouer un rôle primordial dans l’identité des établissements. [...] Concrètement, ce 1% peut-être le fil rouge de bien des enseignements et le prétexte à nombre de projets, pour peu que ces œuvres soient connues et comprises par au moins une personne prête à partager.

Le seul bémol, d’après moi, c’est que trop souvent, ces œuvres ont été livrées sans explication des artistes, que personne n’a cherché à les valoriser un tant soit peu, et qu’elles restent trop régulièrement recroquevillées dans leur anonymat, mourant en silence, faute d’entretien. Mais il n’est jamais trop tard et je gage que vos actions permettront de rendre visibles l’invisible pour que demain, chaque établissement porte haut les couleurs de son 1% !

propos rapportés par Guillaume Capou, coordonnateur académique pour le patrimoine


Voir en ligne : présentation du Minotaure sur le site du lycée Jacques Amyot