search

Accueil > ressources > formations > Stage Collège au théâtre - février 2019

Stage Collège au théâtre - février 2019

mardi 2 avril 2019, par Benjamin Girault

Les 11 et 12 février 2019, quatorze enseignants ont bénéficié de la formation donnée dans le cadre du dispositif Collège au théâtre. Le fil rouge des ces deux journées a été l’étude de la pièce Les Discours de Rosemarie, de Dominique Richard, programmée lors du festival "À Pas contés". Le stage a permis de revenir sur l’esprit du dispositif en proposant des démarches pédagogiques variées pour appréhender le travail en amont et en aval de la représentation théâtrale.

Tout d’abord, les élèves du collège André Malraux, du collège Jean Philippe Rameau de Dijon ainsi que des élèves du premier degré ont assisté à une lecture dessinée du Journal de Grosse patate de Dominique Richard, mise en voix par l’auteur lui-même et illustrée par Vincent Debats : "Je m’appelle Grosse Patate, ce n’est pas mon vrai nom. On m’appelle Grosse Patate parce que j’aime bien manger". Les élèves ont été plongés dans une sorte de promenade dans l’univers de l’auteur de théâtre autour de la parole : parler pour parler, délivrer son cœur pour le plaisir. Montrer que le théâtre jeunesse pouvait également se lire. À l’issue de cette petite forme spectaculaire, les élèves ont pu émettre questions et remarques aux deux auteurs.

Autour de son spectacle Les discours de Rosemarie, la compagnie de la Petite Fabrique a ensuite proposé aux scolaires un atelier philosophique dont l’enjeu était de définir la rhétorique. En effet, la question centrale de la pièce de Dominique Richard est celle du discours politique : comment remporter les élections de délégués en manipulant le langage ? En utilisant un abécédaire aléatoire, les élèves ont abordé différents termes comme "origine", s’initiant ainsi aux différentes parties du discours telles qu’elles sont définies dans la Poétique d’Aristote. Le terme "illusion" a également été questionné en se référant aux différentes figures de style utilisées dans les textes littéraires. Les élèves ont également été amenés à réfléchir sur la différence entre convaincre et persuader. Plusieurs termes se sont ainsi succédé "poélitique", "discours", "wagon", "novlangue"... Autant de mots dont l’analyse avait pour but de montrer la puissance de la poésie pour croire en la vie, à la lumière de ce mot farfelu, zirgonopata, sorte de formule magique qui permet de lutter contre l’ennui.

entrer dans un texte théâtral par des ateliers d’écriture

Les stagiaires ont pris part à des ateliers d’écriture dirigés par Dominique Richard, qui s’est appuyé sur les différentes parties de la rhétorique d’Aristote pour proposer des "déclencheurs d’écriture". Chacun a pu libérer sa plume sans gêne ni pudeur en inventant la définition de termes loufoques, aux sonorités bien particulières, comme zoulapio, frachetiner, maltricolotieux ou encore olf.

Les participants ont été invités entre autres à rédiger des proverbes à l’aide de formules syntaxiques particulières : Qui + un verbe + trois termes + un verbe + trois termes tout en faisant rimer les deux parties. Ce qui a pu donner par exemple le proverbe suivant "Qui sautille sur la dune/est souvent dans la lune". Les prétextes d’écriture ont été variés : "je me souviens de mon premier mensonge" ; "je fais une liste de surnoms que l’on m’a attribués" ; "j’imagine un haïku en lien avec une saison" ; "j’imite un quatrain de Rimbaud" ; "je m’adresse à ma feuille blanche et lui signifie mon mal-être" ; "je suis un stylo qui se révolte"... Une multitude de pistes réutilisables avec des élèves et que l’on peut ajuster en fonction de la thématique d’une pièce.

entrer dans le texte théâtral par des ateliers d’expression

Dominique Richard et Gaëlle Cabau, professeure missionnée à l’ABC, ont tour à tour proposé aux stagiaires d’accéder au texte théâtral par le biais de différents ateliers d’expression, des exercices variés utilisables en classe et que l’on retrouve dans les fiches pédagogiques élaborées dans le cadre du dispositif Collège au théâtre.

Apporter une dimension spectaculaire à la profération d’une réplique ; mettre en scène un court extrait de manière décalée pour entendre le texte mais sans l’illustrer ; aborder l’espace théâtral par des exercices de déambulation en s’interrogeant sur l’équilibre du plateau et en fabriquant des émotions à partir de différents appuis de jeu : tels ont été les enjeux de ces ateliers d’expression destinés à susciter un engagement corporel et vocal et à montrer aux élèves que l’acte théâtral est littéralement extra-ordinaire car il va au-delà de l’énergie du quotidien.

atelier du regard

Cordialement invités par l’ABC, Les professeurs ont pu assister à la représentation des Discours de Rosemarie à l’atheneum de Dijon. Ce fut l’occasion pour Gaëlle Cabau d’aborder avec eux une manière possible de revenir avec les élèves sur un spectacle tout en dépassant l’expression immédiate de la subjectivité ("j’ai aimé"/"je n’ai pas aimé") en recourant à une démarche déjà évoquée à plusieurs reprises dans les stages PREAC avec Christian Duchange, directeur de la Minoterie de Dijon : on demande aux élèves d’écrire sur des post-it trois notations, auditives, visuelles, textuelles, dont ils veulent se rappeler du spectacle : trois éléments qui leur ont semblé faire le spectacle. Par la suite, les différentes remarques sont classées pour obtenir plusieurs catégories propres à la représentation (la scénographie, le texte, le jeu des acteurs, les costumes, le son…) et ce, pour faire parler le spectacle en redonnant à vivre les sensations. Cette démarche permet de se réinitialiser en tant que spectateur, à l’endroit du spectacle, et non pas à la sortie du spectacle dans un esprit critique de synthèse. En outre, cette activité donne aussi le sentiment aux élèves qu’ils ont traversé ensemble un événement. Enfin, elle permet de nourrir la question de l’interprétation.

Les stagiaires ont ainsi réalisé par exemple que la metteuse en scène avait le souci de dire les clichés de l’adolescence, notamment grâce à l’utilisation des costumes. Des costumes qui évoluent au fil du temps pour montrer l’évolution du discours.


Voir en ligne : Collège au théâtre