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Tourner un film suédé - Atelier Canopé de l’Yonne - 16 janvier 2019

samedi 2 février 2019, par Vanessa Gaillet

Tourner un film en classe entière ? À l’heure où un nombre croissant d’enseignants est tenté par la pratique cinématographique, certains hésitent face à l’investissement supposé requis par de tels projets. Dans l’Yonne, le concours de films suédés permet pourtant de se lancer dans l‘aventure à moindre coût, tant technique que financier. Le 16 janvier 2019, une formation à l’Atelier Canopé de l’Yonne a permis de diffuser des pistes pédagogiques éprouvées permettant à tous de réaliser des remakes d’œuvres bien connues du septième art.

Depuis 2017-2018, un concours de films suédés est proposé aux enseignants de l’Yonne et à leurs élèves. Le principe ? Réaliser le remake d’un film célèbre avec des moyens dérisoires et, après une préparation préalable avec les élèves, tourner les scènes en deux heures maximum.

Dès la première édition du concours, six établissements s’étaient lancés dans l’aventure et avaient proposé sept films, souvent très humoristiques, à partir d’œuvres relevant de genres cinématographiques variés comme 1492, Shining ou encore Ben Hur.

Le but du stage était d’initier ou d‘accompagner des enseignants intéressés par la participation au concours ans le cadre d’un club cinéma mais aussi d’une pratique en classe entière. Issus de onze établissements de l’Yonne, collège et lycées, ces professeurs de toutes disciplines avaient des degrés de maîtrise très divers en réalisation audiovisuelle, certains n’ayant d’ailleurs aucune compétence en la matière. Le temps d’un après-midi, accompagnés par Daria Ghionghios et Thierry Mura, professeurs certifiés en cinéma-audiovisuel de la classe à horaires aménagés cinéma du collège de Charny, ils se sont lancés ensemble dans une entreprise un peu particulière : le suédage du film de Georges A. Romero, La Nuit des morts-vivants (1968).

du pastiche à la parodie

Le stage a démarré par un rappel de la définition du suédage. Inventé par le réalisateur Michel Gondry à l‘occasion du tournage de son film Soyez sympas, rembobinez ! (Be kind, rewind - 2008), ce néologisme désigne le fait de tourner un remake avec des moyens artisanaux, sur une durée limitée.

Tout d’abord, un film suédé ne doit pas tourner à l’exercice de style et si la fidélité au film de départ est essentielle, il ne s’agit en aucun cas de réaliser une copie parfaite. Le principe est de prendre du recul, de ne pas chercher la perfection esthétique et surtout d’introduire une indispensable dimension humoristique et ironique. Ainsi, pour des enseignants et élèves souhaitant adapter le film Matrix , il ne s’agira pas de tourner certaines scènes "au ralenti" mais de "jouer en ralenti".

Le choix du film suédé méritera une attention particulière. S’il est possible de suéder un film du dispositif Collège au Cinéma ou Lycéens et Apprentis au cinéma, il ne faut rien s’interdire. Bien réfléchir à la forme : films en couleurs ou noir et blanc, film muet ou pas, huis-clos ou scènes en extérieur, autant d’éléments qui faciliteront (ou pas) l’adaptation avec les élèves.

Ensuite, les formateurs ont explicité leur choix du film de Romero : le noir et blanc, la rareté des dialogues, le huis-clos, le dutch angle (ou plan débullé), la contestation politique de l’époque (un final qui entre en résonance avec l’assassinat de Martin Luther King à l’issue du tournage de l’œuvre originale). Cinq scènes ont été retenues, qui permettront de retrouver la trame de l’intrigue originelle. Pour les enseignants "novices", se lancer dans le tournage de trois ou quatre scènes maximum paraît sans doute l’option la plus raisonnable.

Enfin, il a été rappelé que cette expérience du tournage de film suédé doit permettre aux enseignants d’aborder les spécificités du film initial et d’exploiter les partis pris de mises en scène non seulement sur le plan esthétique (ralentis, gros plans, dutch angle etc.) mais aussi sur le plan narratif. Des liens avec le contexte socio-politique de l’œuvre originelle peuvent nourrir et enrichir des débats avec des élèves.

Comment tourner un film avec une classe entière ?

Avant de se lancer dans le tournage à proprement parler, certains conseils ont été formulés : l’importance pour l’enseignant référent d’être accompagné d’un ou deux collègues minimum afin de gérer au mieux le groupe d’élèves.

L’écueil à éviter est celui de tourner un "film de prof avec des élèves". Pour cela, l’enseignant ne doit pas craindre de laisser à certains élèves la responsabilité de filmer avec une caméra ou une tablette. De même, les élèves pourront s’approprier les dialogues ou choisir de les recréer. Un dialogue en anglais pourra ainsi faire l’objet de sous-titres rédigés sur des panneaux en carton ou des feuilles de papier.

Dans un deuxième temps, l’enseignant devra répartir clairement les tâches à effectuer lors du tournage d’un film suédé. Elles sont nombreuses et vont permettre à chaque élève d’avoir une "mission" et ainsi d’être utile.

Pendant le tournage d’une scène avec un groupe, les autres élèves seront avec un autre adulte pour préparer la scène suivante, maquiller les comédiens, rassembler les accessoires, prendre en charge le générique (qui pourra être réalisé sur une feuille avec des feutres et permettra aux élèves de laisser parler leur créativité plastique !).

Pour le tournage de chaque scène, l’enseignant désignera un réalisateur et son assistant qui seront chargés de faire les choix. Si tout le monde donne son avis en même temps, c’est la cacophonie ! Ils seront chargés également de prononcer le fameux : "Silence plateau, moteur ! Action !".

Il faudra ensuite sélectionner un cadreur et son assistant, les personnes qui filmeront les scènes avec la caméra ou la tablette. Dans un film suédé, il n’est pas nécessaire de percher le son. Il a été rappelé aux stagiaires que leur film sera transformé ensuite en DCP (format numérique professionnel de diffusion des films pour le cinéma) par Maxime Munier, le responsable du cinéma Agnès Varda de Joigny. Il est donc indispensable de demander aux élèves de parler bien fort et d’être vigilant quant aux choix des scènes dialoguées. Dans un plan d’ensemble par exemple, éviter les dialogues que l’on entendrait peu ou pas.

Les autres membres de l’équipe du tournage seront l’accessoiriste et ses éventuels assistants. Ils s’occuperont de la recherche des accessoires en amont et de la préparation de ces accessoires le jour J (costumes, éléments de décor, maquillage, perruques etc.). Enfin, l’enseignant choisira les acteurs qui interpréteront les rôles principaux, secondaires ou les figurants.

Avant le tournage, un document rappelant les responsables de chaque scène pourra être rédigé et distribué aux élèves.

scène n°...

Titre de la scène : ............................. Lieu : .............................
Réalisateur (+ assistant ?) : ............................. Cadreur (+ assistant ?) : .............................
Accessoiriste (+ assistants ?) : ............................. Acteurs (nombre) : .............................

recommandations et autres astuces techniques

Les deux formateurs ont ensuite insisté sur l’importance de filmer en 25 images par seconde et donc d’éviter le recours aux smartphones qui filment en 30 images par seconde. Ce format est indispensable pour l’exportation du film.

Le principe du film suédé est d’être réalisé en "tournez-montez", c’est-à-dire avec un montage "bout-à-bout". Après le tournage, les enseignants pourront utiliser un logiciel de montage tel que Openshot video editor, un logiciel libre compatible sous Mac, Windows et Linux.

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Voir en ligne : concours de films suédés de l’Yonne - #2