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Concours des dix mots : le collège Bachelard lauréat de l’édition 2018

dimanche 3 juin 2018, par Emmanuel Freund

Le premier prix du concours des dix mots a été remis le 24 mai 2018 à l’Institut de France, siège de l’Académie française, aux élèves du collège Bachelard de Dijon. Le concours, dont le thème de l’année était "dis-moi dix mots sur tous les tons", a récompensé une chorégraphie intitulée "Signes de mots, mots de signes". Réalisée en langue des signes française (LSF), cette création originale effectuée par des élèves sourds était bien en phase avec une opération visant à interroger les multiples usages de la parole. Témoignage de leur enseignante, Laurence Koehler.

"L’aventure est finie mais cela restera gravé dans nos cœurs pour toute la vie." Nour Naïri

"Mes élèves sourds des classes de 6e,5e, 4e et Ulis TFA attendent tous les ans la livraison du concours des dix mots avec impatience. Cette opération dont tous les thèmes sont intéressants, et plus encore celui de 2017-2018, est un exercice qu’ils aiment, qui suscite beaucoup de questionnements, de réflexions.

"La parole sur tous les tons" : une sélection de termes autour de l’oralité. Pour moi, personne sourde, enseignante de Langue des Signes Française auprès d’élèves sourds, c’était un vrai défi à relever. Prouver que la LSF est bien une langue, que sa reconnaissance en 2005 par l’État français comme langue officielle de la République, au même titre que le français, est justifiée.

En tant qu’enseignante, au niveau pédagogique, et en lien avec le programme de LSF, je pose trois objectifs. Un objectif linguistique tout d’abord : il s’agit de s’approprier les dix mots, d’en chercher les sens, dans comprendre la construction, de maîtriser leur étymologie. Il s’agit également de faire un pont entre le français et la LSF, d’en trouver les traductions possibles, de naviguer avec rigueur entre les deux langues de notre pays. Les 10 affiches livrées par Réseau Canopé sont le fil conducteur de ce travail, elles permettent une immersion visuelle pour chaque mot.

Le deuxième objectif est d’ordre méta-linguistique : il s’agit de prendre du recul face aux deux langues afin de pouvoir poser un regard novateur sur ces mots, pouvoir jouer avec les langues. Enfin, le concours de cette année mettait en évidence un objectif créatif lié à la pratique artistique : imaginer la construction du projet, en définir le résultat final voulu, gérer le tournage, les décors, les cadrages, les lumières, le montage, le sous-titrage, la musique de fond, le générique. Rendre les élèves acteurs le plus possible, sur l’ensemble de la durée du projet.

Nous avons travaillé durant cinq mois, à raison d’une heure par semaine. Heure où tous les élèves, tous niveaux confondus, ont cours avec moi. A chaque fin de cours, nous faisions un débriefing qui était filmé en LSF. Au bout de trois mois, il a fallu visionner tout ce travail, mettre en ordre, créer un story-board. Ce fut un travail d’écriture un peu particulier dans la mesure où notre langue est la LSF et que par définition elle ne s’écrit pas. La trace de tout ce travail a donc été filmée.

Ce fut un travail dense, riche d’échanges et de création. Cinq mois plus tard, leur film, dont les élèves ont géré la création du début à la fin, a vu le jour : "Mots de signes, signes de mots". La langue des signes dans laquelle ils ont choisi de s’exprimer n’est pas la langue des signes standard. Au fur et à mesure de leurs recherches, des signes ont émergé, reflétant ce qu’ils avaient envie d’exprimer. La dimension créative s’est également manifestée par le biais linguistique.

Et puis, le 14 mai, j’ai reçu un mail m’informant que les élèves sourds du collège Bachelard remportaient le 1er prix national ! Émotion, fierté, bonheur de professeur que de voir leur travail récompensé à ce niveau. Les élèves eux-mêmes ont été très émus, n’en revenant pas que la LSF puisse remporter un tel prix.

Nous avons été invitées, quatre élèves et moi-même, à nous rendre à Paris pour la cérémonie de remise des prix. Parties le mercredi 23 mai de la gare de Dijon, notre voyage en TGV fut studieux car les élèves devaient préparer leurs discours pour le lendemain. A notre arrivée, nous étions attendues par un responsable de la Ligue de l’Enseignement qui nous a emmenées au Pont-Neuf pour une promenade d’une heure en bateau-mouche. Les élèves ont adoré, d’autant plus que la présence de nos deux interprètes nous a permis de profiter pleinement des explications du guide. Puis il fut l’heure d’aller à l’hôtel : repas et répétitions de nouveau des discours.

Le jeudi 24 mai, nous avons été reçues à l’Académie Française, avec les autres lauréats. L’accueil que nous avons reçu a été incroyable, nous donnant le sentiment d’être de véritables stars ! Deux interprètes étaient présents. La cérémonie est un moment très solennel, dans une salle magnifique. Mes élèves ont donc reçu le premier prix des mains de Mme Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle à l’Académie française.

Nour et Rosa ont fait un discours très émouvant, retraçant tout le travail accompli en amont pour arriver à ce résultat. J’ai ensuite pris la parole pour remercier les ministères et les académiciens. J’ai également insisté sur le symbole fort que représentait ce premier prix, qui donne un véritable coup de projecteur sur la LSF. Nous avons eu droit à une très belle ovation des académiciens, des lauréats et des personnalités présentes.

La matinée s’est clôturée par un buffet superbe, offert à tous les participants. Nous sommes reparties à Dijon, avec des étoiles dans les yeux, ayant le sentiment d’avoir vécu un rêve éveillé."

témoignage proposé par Laurence Koehler, enseignante en LSF au collège Bachelard à Dijon


Voir en ligne : le concours des dix mots - édition 2017-2018

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