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Collège Rameau - Dijon : "Théâtre en mai 2018 - des élèves au Consortium"

jeudi 31 mai 2018, par Benjamin Girault

Dans le cadre du Festival Théâtre en Mai organisé par le Théâtre Dijon Bourgogne, une classe de troisième du collège Rameau de Dijon est montée sur les planches du Consortium au cours de trois représentations les 27, 28 et 29 mai 2018. Ils ont apporté leur regard et leur voix en réponse et en conclusion au spectacle de la compagnie Légendes urbaines : Ce que je reproche le plus résolument à l’architecture française, c’est son manque de tendresse.

"Où ont-ils bien pu loger la tendresse, dans les grands ensembles ?" Fruit d’une écriture collective dirigée par David Farjon, la pièce montée par la compagnie Légendes urbaines met en scène trois jeunes gens qui vont à la rencontre des cités et de leurs habitants, dans l’espoir de comprendre les utopies qui ont donné naissance aux grands ensembles et les entropies qui les ont altérés. Ce récit théâtral aussi sensible que son sujet tente de retisser les liens sociaux, politiques, poétiques et humains qui fondent la Cité.

- lire la présentation de la pièce sur le site du Théâtre Dijon Bourgogne

En lien avec cette pièce programmée dans le cadre du Festival Théâtre en Mai, des ateliers ont été menés autour du spectacle avec les élèves d’une classe de troisième du collège Jean-Philippe Rameau du quartier de Fontaine d’Ouche et leur professeur de lettres, Céline Maglica. L’objectif était de créer une scène qui prendrait place à la fin de la représentation pour faire parler les élèves comme des habitants de grands ensembles qui raconteraient leur quartier, leur histoire.

une architecture en miniatures

Les collégiens ont tout d’abord travaillé avec les comédiens pendant deux séances. Le mercredi 25 avril, ils ont raconté leur quartier en le visitant, en y déambulant, en passant par des lieux qui pour eux étaient incontournables. De nombreux échanges informels se sont alors créés, des anecdotes ont été esquissées, certains ont commencé à se livrer. De retour au collège, les élèves ont reconstitué avec les objets d’école : cahiers, classeurs, livres, des sortes de maquettes miniatures figurant le parcours qu’ils avaient effectué dans le quartier. Puis, ils ont commencé à les faire vivre en improvisant sous différentes formes des récits de souvenirs, de visites ou encore des inventaires...

Le jeudi 26 avril a été consacré à des ateliers d’écriture afin de produire un récit collectif sur le quartier. Le but était de faire émerger une parole chorale qui raconte la cité dans toute sa complexité.

cartographie sensible du quartier

Par la suite, les élèves ont répété lors de deux séances avec les comédiens de la compagnie dans leur collège.

Le jeudi 24 mai de 12h30 à 16h30, ils ont abordé le jeu dans l’espace avec le décor du spectacle en transposant à l’échelle du plateau le décor et la mise en scène qu’ils avaient préalablement effectués en utilisant leur matériel scolaire. Un travail de mémoire spatiale associé à un travail chorégraphique a permis de dessiner en chœur une cartographie sensible de leur quartier. Et c’est à l’intérieur de ce nouvel espace que se sont greffées les voix qui l’habitent.

Le vendredi 25 mai de 8h à 12h, ils ont alors répété la forme de la représentation avec un travail précis sur l’interprétation, la voix et le corps.

un projet inscrit au cœur du programme de lettres

Ce projet s’intègre parfaitement à la réflexion menée par ces élèves de troisième et leur professeur de lettres en lien avec l’objet d’étude "Se chercher, se construire : se raconter, se représenter". Le choix de l’œuvre d’Azouz Begag, Le Gone du Chaâba, qui retrace la construction de ces grands ensembles et l’histoire de l’immigration, a déterminé la construction d’une séquence pédagogique consacrée à l’autobiographie.

En outre, l’enseignante et ses élèves avaient déjà échangé sur l’histoire du quartier dans le cadre des cinquante ans de Fontaine d’Ouche. Ce projet théâtre s’ancre donc dans une réflexion sur cet espace dans lequel quarante-deux nationalités vivent toutes ensemble, mais aussi sur les préjugés qui y sont véhiculés. Il s’agit de parler de soi en parlant du lieu dans lequel on "fait communauté scolaire", mais aussi de porter ce qu’on a envie de démontrer comme message... et de démonter comme préjugé.

Et la tendresse... ?

À la fin des représentations, les élèves-comédiens ont volé la parole aux trois comédiens pour évoquer, au sens fort, leur cité de Fontaine d’Ouche. Ils l’ont peu à peu reconstruite avec des cubes en y représentant chaque lieu important : le collège, les immeubles, le terminus de bus, le lac. Mais ils ont surtout démenti tous les préjugés liés aux grands ensembles. La cité n’est pas forcément synonyme de violence, de chômage, de décrochage social et de peur, bien au contraire. C’est un lieu complexe, un lieu de vie collective avec ses engagements et ses moments de grand bonheur. Si le spectacle reproche à l’architecture des grands ensembles son manque de tendresse, c’est avec une poésie et une immense affection que les élèves du collège Rameau ont donné à voir leur quartier.

Témoignages :

"Pour moi, Fontaine d’Ouche, c’est un quartier très beau, très agréable et très calme. Il y a des beaux paysages, beaucoup d’arbres. Ici, on peut profiter d’un magnifique lac où il y a beaucoup de gens qui font du sport, qui se promènent et qui font des pique-niques. Je suis dans le quartier depuis un an et je l’adore."

"Les personnes qui habitent ce quartier depuis longtemps comme moi ont toutes une histoire, une anecdote à raconter…"

"Lors de mon arrivée en sixième, on m’avait dit des choses qui ne me donnaient pas envie de venir dans ce collège (règlements de comptes, vols, violences…). Mais je me suis rendu compte que ce n’était pas forcément vrai, enfin pas tout le temps. C’est à cause des mensonges, des fausses images comme ça, que la plupart des parents de mon ancienne école primaire ont mis leurs enfants dans un collège privé."

"Je me rappelle ce jour où j’ai pu, pour la troisième fois, participer à la Parade métisse avec mon ancien groupe de danse. Ce jour-là il faisait très chaud. Je me rappelle que c’était vraiment compliqué à cause de la chaleur et de nos vêtements. Mais on a tenu bon : et j’étais très fier !"

"Je pense qu’au centre-ville, ils nous prennent pour des petits dealers qui ont raté leur scolarité et se tapent dessus et que plus tard, on n’aura aucun travail."

- consulter l’intégralité des file_download témoignages d’élèves

des élèves fiers et conquis

À l’issue des représentations, les élèves étaient fiers et ravis de cette expérience que le TDB, dans le cadre de son festival Théâtre en mai, leur a permis de vivre. Une expérience extrêmement riche pour un élève dans le cadre de son parcours artistique et culturel. En effet, il n’a pas simplement fréquenté des artistes mais il a joué avec eux dans un lieu théâtral et a participé à l’écriture de la représentation.

Ce travail ne restera d’ailleurs pas isolé puisqu’il se poursuivra avec les élèves de l’option patrimoine qui réfléchissent sur le quartier de la Fontaine d’Ouche.

Enfin, on notera toute la richesse de ce projet notamment pour certains élèves issus de la classe d’accueil qui sont en France depuis peu et pour qui la question de la double identité et du tiraillement entre origines et intégration est particulièrement prégnante.

Un grand bravo aux élèves, à leur enseignante et aux trois comédiens de la compagnie Légendes urbaines !