search

Accueil > Dispositifs et ressources > Formations > Formation au "1 % artistique" - mars 2018

Formation au "1 % artistique" - mars 2018

lundi 2 avril 2018, par Benjamin Girault

Enseignants et formateurs des premier et second degrés se sont retrouvés jeudi 22 mars 2018 à l’Atheneum de Dijon. Le thème de leurs échanges était les œuvres d’art issues du 1 % artistique présentes dans les établissements scolaires de l’académie de Dijon et leur exploitation pédagogique.

En 1951, l’État français part du constat suivant : la population est réticente à l’art contemporain. Il décide donc d’enrichir son patrimoine artistique dans les établissements scolaires tout en soutenant la production d’œuvres contemporaines. Désormais, la construction de tout bâtiment scolaire devra être assortie, pour un montant correspondant à 1% de son budget total, de la réalisation d’une œuvre d’art contemporain qui fera partie intégrante du site. L’objectif est clair : familiariser dès le plus jeune âge les élèves à l’art contemporain en intégrant ce dernier à leur quotidien.

un riche patrimoine en Bourgogne

Pour initier cette journée de formation, Éric Gady, délégué académique à l’éducation artistique et à l’action culturelle, fait remarquer que l’académie a recensé près de 90% de ces œuvres créées au titre du 1 % dans les établissements scolaires. Le campus universitaire à Dijon, où se déroule le stage, bénéficie aussi de la présence de nombreuses œuvres d’art issues du 1 % artistique.

Ce patrimoine accessible mais souvent méconnu par les professeurs peut constituer un véritable atout pour enrichir le parcours d’éducation artistique et culturelle des élèves. C’est à cet effet et dans une perspective de généralisation de l’EAC que les ministères de l’Éducation nationale et de la Culture invitent conjointement les académies à se réapproprier ces œuvres, en promouvant par exemple des dispositifs comme les Journées du 1% artistique. Il est donc capital de sensibiliser les formateurs à cette thématique pour qu’ils puissent sensibiliser les enseignants et générer ainsi de nouveaux projets autour du 1 % artistique.

Depuis 2010, le rectorat de l’académie de Dijon mène une enquête sur ce patrimoine et tente de répertorier l’ensemble des œuvres issues du 1 % présentes sur le territoire scolaire de Bourgogne. Guillaume Capou, chargé de mission patrimoine à la DAAC, travaille en effet à la création d’une future base de données sur les 1 % des établissements de l’académie.

promenade dans le 1 % artistique du campus universitaire de Dijon

Peggy Camus, chargée de la culture à l’Atheneum de Dijon, et Aude Wettstein, professeur missionnée à l’Atheneum de Dijon et professeur d’histoire des arts en option obligatoire au lycée d’Auxonne, ont invité les stagiaires à une promenade sur le campus universitaire de Dijon autour de quelques œuvres d’art issues du 1 % : Tente, de l’artiste Yaacov Agam, Divionis Mechanica Fossilia Arman, du peintre-sculpteur Arman, Liquid Knowledge, de la plasticienne Haegue Yang et enfin Anti Robot, du peintre, sculpteur et poète Karel Appel.

Après avoir dessiné ce qu’ils voyaient de ces œuvres, les stagiaires ont échangé leurs différentes perceptions et proposé des pistes d’interprétation sur leurs sens possibles. Ils ont rapidement constaté que l’œuvre et ce qu’elle représentait étaient en adéquation avec son environnement spatial. L’œuvre Tente, par exemple, qui prend place face à la faculté des Sciences, évoque un cadran solaire ou encore un compas.

Une telle démarche est bien évidemment possible et même à encourager avec des élèves afin de puisque l’on part de leur regard, de ce qu’ils ressentent sans poser d’emblée un discours définitif sur l’œuvre. L’élève interroge ainsi lui-même ce qu’il voit.

Vers quelles exploitations pédagogiques ?

L’après-midi a été consacré à quelques communications au sein de l’Atheneum, enrichies par de nombreux échanges avec la salle.

Aude Wettstein a énuméré de nombreuses pistes pédagogiques possibles de l’école primaire au lycée : un travail plastique en rapport avec l’œuvre, un travail d’écriture descriptive ou encore récréative, une création d’événement spécifique pour présenter ou réactualiser une œuvre présente dans un établissement scolaire. Les élèves peuvent également faire revivre une œuvre présente dans leur bâtiment en réalisant un travail de médiation, sur le site du collège par exemple. En ce qui concerne les nombreuses œuvres d’art issues du 1 % présentes sur le campus universitaire, on peut imaginer une course d’orientation destinée à les découvrir de manière ludique. Autant de possibles qui montrent la richesse pédagogique qu’offrent ces œuvres d’art, visibles de tous.

Bruno Durand, IA-IPR d’arts plastiques, a insisté sur la nécessité de mettre en relation les œuvres du 1 % avec le patrimoine et le parcours d’éducation artistique et culturelle des élèves. Il a mis en avant la richesse de ces œuvres du 1% qui reflètent toute la variété des domaines artistiques et culturels et qui permettent d’investir les trois piliers de l’EAC en associant le sensible à l’intelligible. Il a également rappelé que la notion même de parcours implique un calendrier permettant la réalisation de projets qui sont à penser en amont et à combiner avec d’autres parcours, citoyen, avenir ou encore avec un EPI.

quelques projets menés sur l’académie autour du 1%

Martine Dussauge, conseillère pédagogique du premier degré en Saône-et-Loire, et Françoise Joly, architecte, membre de l’Atelier Descombin, ont tenté de faire redécouvrir l’œuvre de l’artiste Maxime Descombin.

En 1992, la ville de Mâcon accepte la riche donation du sculpteur qui compte 372 œuvres. Cette même année, l’Association pour l’Atelier Descombin voit le jour. Elle a pour objectif d’aider à la conservation et à la protection de l’œuvre de l’artiste tout en favorisant sa connaissance et l’approche de la pensée qui s’y manifeste. L’artiste a réalisé dix-neuf œuvres dans le cadre du 1 % artistique. C’est pourquoi, en 2007, Catherine Chaussumier, conseillère pédagogique en arts visuels sur le secteur de Mâcon, propose un partenariat avec l’Atelier, flambeau repris par Martine Dussauge en 2016. On notera également l’important effort de l’Atelier pour créer des cartels dans l’ensemble des établissements volontaires pour présenter les sculptures au public. Cette année, six cartels seront posés dans des établissements de Saône-et-Loire et de la Nièvre.

Didier Bontemps, professeur d’arts appliqués au lycée Les Marcs d’Or, a entrepris de vastes travaux de recherche sur les 1 % du lycée des Marcs d’Or, des œuvres disparues parfois. Cette initiative a abouti à la réalisation d’une plaquette qui répertorie l’ensemble de ces œuvres de manière à faire revivre ce riche patrimoine.

Dans le cadre d’un projet patrimoine mené à la cité scolaire Montchapet, Frédéric Lormeau, professeur d’arts plastiques, et Carole Vidal-Rosset, professeur de lettres et de théâtre, ont décidé quant à eux de s’intéresser à la sculpture de Louis Leygue présente dans l’établissement. Sous forme d’enquête policière, les élèves et leurs professeurs ont recherché tout d’abord des informations sur l’œuvre aux origines encore méconnues. Même si l’entreprise s’est avérée délicate, cette méthode a constitué et constitue encore aujourd’hui un moyen de faire revivre l’œuvre et d’interroger son sens. En définitive, cette investigation a donné lieu à la mise en place d’un projet fédérateur dans le cadre de la Semaine des arts :une initiative qui a permis à près d’un millier d’élèves d’être sensibilisés à cette œuvre devant laquelle ils passent chaque matin dans la cour sans prendre la peine de s’interroger.

La journée de formation s’est conclue par la présentation du projet du collège Bibracte à Château-Chinon. : l’œuvre de Dominique Babinet était très rapidement tombée dans l’oubli, y compris de la part des enseignants qui avaient pourtant assisté à l’inauguration du collège. Faute de cartel, la mémoire s’en était allée et le nom même de l’artiste avait été perdu. Pire encore, une partie de l’œuvre avait disparu et l’autre avait été dégradée, repeinte au goût d’un agent du collège.

A la rentrée 2014, l’établissement, contacté par la DAAC, a peu à peu reconstitué la trace de cette œuvre et s’est interrogé sur son devenir. L’auteur, vivant toujours en région parisienne, a été retrouvé. La direction du collège a mis en place un projet dans le cadre du dispositif "École ouverte" afin de permettre aux élèves de mettre en valeur l’œuvre en la restaurant et en lui redonnant ses couleurs d’origine. L’œuvre reste certes incomplète, mais la restauration s’est faite avec l’accord et les conseils de l’artiste. Ce projet mené avec les élèves ne manquait donc pas d’audace et a permis une véritable appropriation de l’œuvre par l’ensemble de la communauté éducative.


Voir en ligne : Atheneum