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Stage Collège au théâtre - février 2018

jeudi 1er mars 2018, par Benjamin Girault

Les 1er et 2 février 2018, quinze enseignants ont bénéficié de la formation donnée dans le cadre du dispositif Collège au théâtre. Ils ont été accueillis à la salle Devosge de Dijon en présence de professionnels du spectacle. Ces deux journées, dont le fil rouge a été l’étude de la pièce Trois petites sœurs, de Suzanne Lebeau programmée lors du festival "A Pas contés", ont permis de revenir sur les fondamentaux du dispositif tout en élargissant la réflexion sur les enjeux et les démarches pédagogiques liées à l’école du spectateur.

Soutenue et financée par le Conseil départemental de la Côte-d’Or et la DRAC Bourgogne-Franche-Comté, Collège au théâtre est une opération pilotée par l’Éducation nationale et l’Association Bourguignonne Culturelle. Outre l’A.B.C., trois structures sont associées à l’opération : le Théâtre de Beaune, le Théâtre Gaston Bernard de Châtillon-sur-Seine et le Théâtre Dijon Bourgogne. Cette opération est d’envergure car elle concerne chaque année plus de 3000 élèves répartis dans 35 établissements.

Lors de leur préinscription au mois de juin, les enseignants émettent six vœux de spectacles. Par la suite, Sandrine Cambon, chargée de mission jeune public pour l’ABC, en attribue trois à chaque établissement engagé. Chaque spectacle fait l’objet d’un dossier pédagogique d’accompagnement élaboré par Gaëlle Cabau, professeur missionnée en service éducatif par la DAAC.

Les deux journées du stage ont d’abord été l’occasion de revenir sur l’enjeu de cette opération créée il y a vingt ans à l’initiative de l’A.B.C.. En permettant aux enseignants d’emmener au théâtre les élèves d’une même classe à trois reprises au cours de l’année scolaire, Collège au théâtre contribue au parcours artistique de ces derniers. Grâce aux moyens d’accompagnement dont il s’est doté, le dispositif permet également de convertir une riche expérience artistique en une progression pédagogique visant à générer un authentique questionnement de spectateur.

Edwige Dessaillen, chargée de mission EAC auprès de la DASEN de la Côte-d’Or, a rappelé la possibilité d’articuler un des spectacles à un projet starter. Ludovic Schwarz, chef du service culture du Conseil départemental, a souligné quant à lui la réussite de ce dispositif dont la logistique est parfois difficile mais qui laisse apparaître une forte motivation et un vrai engagement de la part des professeurs.

Quelle place pour Collège au théâtre dans les enseignements ?

Gaëlle Cabau, qui a animé les deux journées du stage, a insisté sur la vocation première du dispositif de contribuer à une véritable "école du spectateur". Pour les élèves, se rendre au théâtre ne va pas de soi et nécessite un travail en amont mais aussi en aval. Pour l’enseignant, c’est une occasion de nourrir et d’enrichir ses contenus pédagogiques afin d’éveiller le regard critique et le jugement esthétique.

En effet, il s’agit à la fois de donner son point de vue à partir d’un référentiel commun mais aussi de voir le monde au plus près. Pour reprendre les propos de Jacques Rancière dans Le Spectateur émancipé, l’enjeu pour le professeur n’est pas de transmettre son savoir à ses élèves mais de leur permettre de "s’aventurer dans la forêt des choses et des signes, de dire ce qu’ils ont vu et ce qu’ils pensent de ce qu’ils ont vu, de le vérifier et de le faire vérifier". Pour mener à bien ce travail, qui ne saurait se limiter à une analyse de spectacle s’articulant autour d’une dialectique "j’aime /je n’aime pas" les dossiers pédagogiques élaborés par les enseignants missionnés par la DAAC offrent de solides points d’appui.

En outre, même s’il n’est pas question d’instrumentaliser la représentation théâtrale à des fins pédagogiques, il paraît capital d’envisager ses choix de spectacles en lien avec les programmes en vigueur, d’en constituer un parcours artistique et culturel, voire de les intégrer à un EPI.

Enfin, comme le rappellent les inspecteurs de lettres, on doit retrouver dans le classeur ou dans le cahier de l’élève une trace des représentations auxquelles il a assisté, soit au sein de la séquence en cours, soit dans une rubrique spécifique. On peut même envisager, comme cela se fait au lycée dans le cadre de l’option théâtre, un carnet de bord tenu par l’élève.

créer un horizon d’attente

La pièce de la programmation Collège au théâtre qui a fait l’objet du travail de réflexion durant ces deux deux journées est l’œuvre de Suzanne Lebeau Trois petites sœurs. Un texte au sujet sensible puisqu’il traite de la mort d’une enfant de cinq ans atteinte d’un cancer.

Gaëlle Cabau a tout d’abord exposé différentes possibilités pour entrer dans la pièce par le jeu. Par exemple, des répliques ont été distribuées à chaque stagiaire. Deux groupes ont été constitués. Tour à tour, les participants se sont chuchoté les répliques et ont ainsi pu découvrir l’atmosphère générale de la pièce. Cette démarche permet de créer des attentes de spectateurs en amont de la représentation, sans pour autant en dévoiler le contenu, ce qui est particulièrement intéressant avec des élèves.

Par la suite, les professeurs ont rencontré une des comédiennes de la pièce, Emily Lévesques, et le metteur en scène Gervais Gaudreau de la compagnie Le Carrousel. Ils ont pu aborder des questions relatives à la mise en scène de la pièce mais aussi celle de la préparation des élèves qui assistent à une représentation théâtrale, surtout lorsque le sujet de la pièce est lourd et difficile, comme c’est les cas pour Trois petites sœurs. La comédienne leur a ainsi expliqué comment la compagnie intervenait dans les classes avant les représentations sous forme d’ateliers philosophiques. Il ne s’agit pas réellement de présenter la pièce mais plutôt de permettre aux élèves d’approcher leur rôle de spectateur en se créant leur propre horizon d’attente.

le théâtre, une "école des vérités subjectives"

Le stage s’est poursuivi par un atelier et une table ronde avec l’auteur de Trois petites sœurs autour de la question du drame et du tragique dans le théâtre jeune public.

Le théâtre de Suzanne Lebeau traite de sujets souvent graves et qui invitent indubitablement à la réflexion : les enfants-soldats dans Le Bruit des os qui craquent, l’inceste dans Petite fille dans le noir ou encore le cancer et la mort d’une enfant dans Trois Petites sœurs. Y a-t-il des limites à l’entendable chez l’enfant ? A l’adressable dans l’écriture ? Au représentable dans la mise en scène ? Telles sont les interrogations que les professeurs, des spectateurs mais aussi des professionnels du théâtre ont été invités à se poser au cours d’un atelier.

Selon l’auteur, on doit faire confiance à l’enfant, qui a le droit de contester et de réclamer des choses. Suzanne Lebeau note chez lui une grande disponibilité face à tout type d’écriture. Il comprend les enjeux profonds. Elle observe parfois une certaine réticence des parents face à ce type de théâtre mais elle avoue trouver chez les enfants eux-mêmes les bons arguments pour les convaincre. Par ailleurs, elle souligne la mission éducative du théâtre qui se trouve dans le théâtre lui-même. C’est l’école des vérités subjectives qui développe le regard critique et la fréquentation des points de vue. On y apprend que l’on ne pense pas tous de la même manière.

paroles d’élèves

A l’issue de ces deux jours de travail, les professeurs ont été cordialement invités par l’A.B.C. à assister à la représentation des Trois petites sœurs au Théâtre des Feuillants à Dijon. Ce fut l’occasion d’apprécier le texte dans son intégralité grâce à la mise en scène de Gervais Gaudreault, mais également d’écouter les réactions des collégiens présents dans la salle. Tous, semble-t-il, étaient ravis et avaient beaucoup aimé le spectacle. On pouvait entendre "c’était triste" ou encore "As-tu pleuré, toi ?". La réponse était non. Sans doute parce que la pièce de Suzanne Lebeau parle certes d’un sujet intensément douloureux mais que la qualité de son écriture fait qu’elle le dit avec les mots de la vie exprimant ses moments de bonheur et de joie.

Les professeurs ont donc eu, pour clore ces deux riches journées de formation, un élément de réponse supplémentaire à la question du représentable dans le théâtre jeune public et ce, directement à travers la parole des élèves.


Voir en ligne : dispositif Collège au théâtre