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Rencontre avec l’artiste chinois Li Kunwu au lycée Anna Judic

lundi 5 février 2018, par Emmanuel Freund

Mardi 23 janvier 2018, au lycée de Semur-en-Auxois, les élèves de la section européenne Histoire-Géographie-Anglais ont eu l’honneur de rencontrer l’artiste chinois Li Kunwu, dont ils avaient découvert et étudié l’œuvre plusieurs semaines durant avec leur professeur d’histoire-géographie. Une expérience forte qui constituera un jalon important dans le parcours culturel et la formation humaniste de ces lycéens.

Li Kunwu et son épouse, accompagnés de deux traductrices, ont été reçus par Dominique Bienkowski-Jaillant, proviseur du lycée Anna Judic, ainsi que Mickaël Bertrand, l’enseignant à l’origine de ce projet. Un certain nombre d’invités étaient également présents, parmi lesquels se trouvaient David Moyemont, chargé des relations publiques du musée Gorsline, ainsi que des représentants du rectorat (DAAC et DAREIC).

L’apparition de l’artiste devant la quarantaine de lycéens présents pour l’accueillir, a suscité une émotion à la hauteur de l’attente qui l’avait précédée. En effet, cette rencontre a été rendue possible par les élèves eux-mêmes, qui avaient adressé un message d’invitation sous la forme d’une capsule vidéo diffusée sur Youtube. Une forme très contemporaine de correspondance qui entre d’ailleurs en cohérence avec les objectifs et les méthodes de pédagogie active mis en œuvre par leur enseignant.

L’invitation avait fait suite à une visite en décembre 2017, au Musée Gorsline de Bussy-le-Grand, de l’exposition "Li Kunwu & Douglas Gorsline, regards croisés sur la Chine" dans le cadre d’une séquence d’enseignement sur l’histoire de la Chine contemporaine. L’intérêt manifesté par les lycéens pour A Chinese Life, la bande dessinée autobiographique de l’artiste, avait motivé leur espoir de le faire venir dans leur établissement.

un échange de cadeaux "interculturels"...

Pour remercier les élèves de leur invitation – et du plantureux panier garni de spécialités bourguignonnes qu’ils lui ont offert en guise de bienvenue, Li Kunwu a fait don à l’établissement de deux œuvres peintes de sa main, célébrant le passage de l’année du Coq à celle du Chien.

L’artiste a ensuite retracé son parcours qui a débuté il y a une soixantaine d’années dans une région rurale de la Chine pendant la Révolution culturelle. Une époque de l’Histoire contemporaine qu’il a dépeinte comme une des périodes de sa vie lui ayant laissé les souvenirs les plus intenses, dans la douleur comme dans le bonheur. Il a évoqué son apprentissage, en autodidacte, de l’art du dessin. "C’est la vie, c’est la société qui est mon professeur", a-t-il affirmé avant de souligner l’importance du rôle de l’école dont lui-même n’a pas eu la chance de bénéficier.

Il est revenu sur les différentes moments de sa carrière, commencée au service de la propagande du régime chinois puis s’en affranchissant progressivement pour évoluer vers une inspiration plus personnelle et vers un dialogue interculturel avec la France initié en 2005. A la fois ouvert et pudique, le dessinateur n’a pas éludé les crises de son existence, comme son expérience de la guerre frontalière de 1979 avec le Vietnam, qui lui a fourni des "sujets de réflexion". Décrivant sa passion pour l’art comme "un plaisir avec un fort sentiment de responsabilité", Li Kunwu a insisté sur la portée essentiellement humaniste de son œuvre.

une fresque monumentale

Généreux et inspiré, le dessinateur a ensuite tenu à présenter un fac similé d’une fresque monumentale actuellement visible au FRAC Auvergne dans le cadre d’une exposition intitulée "La formidable épopée du Yunnan", visible du 20 janvier au 4 mars 2018. Cette impressionnante fresque de vingt-et-un mètres de long témoigne d’un épisode marquant de l’industrialisation et du désenclavement de la Chine du sud réalisé avec le concours d’ingénieurs français à la fin du XIXe siècle. Témoin et observateur de l’histoire de son pays, l’artiste s’est représenté lui-même au cœur de cette fresque – un "caméo" graphique que les élèves se sont plu à repérer, après avoir écouté avec intérêt les explications de l’artiste sur le contexte et le sens de cette création originale.

A la question judicieuse d’une élève lui demandant s’il aimerait transmettre son savoir en étant instituteur, Li Kunwu a répondu par l’affirmative avant de développer une comparaison passionnante entre l’évolution du système éducatif chinois, marquée selon lui par une hyperscolarisation se traduisant par une pression accrue sur les jeunes, et ce qu’il percevait de l’école en France, selon lui plus "rationnelle et respectueuse de la personnalité des élèves". Ce regard à la fois critique et extérieur porté sur leur propre condition n’a pas manqué de susciter curiosité et étonnement chez les lycéens.

Interrogées sur leurs impressions immédiates à l’issue de ces échanges, trois élèves de la section européenne se sont exprimées sur l’enrichissement culturel et l’envie de s’ouvrir au monde qu’ils leur avaient apporté. Charlotte s’est montrée sensible à l’amour de la vie et à l’envie de faire partager son art qu’elle a perçus chez l’artiste. Lison, pour sa part, a déclaré être consciente de l’importance de cette rencontre et de l’intérêt réciproque qui s’y était manifesté. Marguerite, quant à elle, gardera de Li Kunwu le souvenir d’un "professeur de vie" qui aime autant transmettre aux autres qu’apprendre des autres.

contact

Mickaël Bertrand, professeur d’histoire-géographie mickael.bertrand@ac-dijon.fr


Voir en ligne : Historicophiles, le blog pédagogique de Mickael Bertrand

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