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Collège des Lentillères - Dijon : "Un partenariat fécond avec le Théâtre Mansart"

dimanche 28 janvier 2018, par Benjamin Girault

Pour la troisième année consécutive, une convention de partenariat associe le collège des Lentillères à Dijon au Théâtre Mansart. Grâce à la création d’un poste spécifique et à la collaboration avec une professionnelle du spectacle, deux ateliers prolongent les initiatives existantes. Une aventure pédagogique, éducative et artistique qui rayonne sur l’ensemble de l’établissement.

Le collège des Lentillères se démarque par une offre pédagogique diversifiée : une SEGPA, une classe d’accueil, une classe pour adolescents du voyage, des sections sportives et une classe à horaires aménagés arts plastiques. Conformément aux axes de son contrat d’objectifs qui vise à fédérer la communauté éducative et à améliorer le climat scolaire tout en favorisant le développement professionnel, l’établissement se dote dès 2016 d’un poste spécifique confié à un enseignant titulaire de la certification complémentaire théâtre.

Il s’agit de donner une nouvelle dimension aux initiatives existantes (club théâtre sur la pause méridienne, participation à Collège au théâtre) en menant un atelier de deux heures hebdomadaires conjointement avec un artiste professionnel. Il s’agit également de créer un atelier de remédiation par le théâtre qui est proposé à des élèves en difficulté scolaire ou comportementale.

En effet, faire du théâtre, c’est avant tout fréquenter des textes littéraires, les comprendre, les mémoriser, et donc travailler les compétences de lecture, de compréhension et d’interprétation. Mais c’est aussi travailler à la formation de la personne et du citoyen en acquérant une meilleure image de soi tout en développant une "motivation d’innovation", et non plus "d’addiction", pour reprendre la terminologie du chercheur en sciences de l’éducation Daniel Favre.

de la proximité au partenariat

Bon nombre d’élèves passent tous les jours à côté du Théâtre Mansart pour se rendre au collège. L’enseignant titulaire du poste spécifique théâtre est parti de ce simple constat pour envisager un projet entre les deux structures. Partenariat qui s’est rapidement traduit par la signature d’une convention visant à contribuer à l’éducation artistique et culturelle des élèves.

En effet, le Théâtre Mansart aime se définir comme est un lieu où l’on construit, comme un espace permettant l’émergence créatrice. Ce théâtre universitaire est un lieu dans lequel se reconnaissent les associations culturelles étudiantes, les étudiants, les jeunes artistes mais aussi les scolaires, spectateurs ou acteurs.

En outre, toute l’équipe du service culturel insiste sur le fait que le parcours artistique compte au moins autant que la production, ce qui rejoint parfaitement les piliers de l’éducation artistique et culturelle dans l’enseignement secondaire.

une expérience riche pour les élèves

Chaque mardi, les élèves de l’atelier théâtre et leur professeur Benjamin Girault s’évadent de leur collège pour venir répéter dans l’une des salles rondes du théâtre en vue d’une restitution sur le plateau au mois de juin. Cette expérience s’inscrit à la fois dans le parcours avenir des élèves, qui ont l’opportunité en se rendant dans un lieu théâtral de découvrir les différents métiers du théâtre, mais aussi dans le parcours artistique et culturel dont les trois piliers sont pleinement respectés : rencontrer des artistes et des professionnels du théâtre, et notamment Émilie Faucheux, comédienne et metteuse en scène avec qui ils travaillent pendant l’année ; pratiquer et utiliser des techniques d’expression artistique adaptées à une production en mettant en œuvre un processus de création collective ; et enfin s’approprier des connaissances en les réinvestissant. En définitive, les élèves s’éveillent pleinement à l’expression et à l’espace théâtral et explorent les questions du jeu dans son rapport au texte.

Cette aventure touche un large public puisque de nombreux collégiens ont pris l’habitude de venir voir leurs camarades le soir de la restitution, ce qui incite d’ailleurs certains d’entre eux à rejoindre l’atelier l’année suivante. Le projet contribue ainsi à la poursuite de l’objectif du "100 % éducation artistique et culturelle".

des textes pour réfléchir et pour grandir

Chaque année, les élèves ont pu se questionner autour d’un texte contemporain de théâtre et sur les possibles de la mise en scène.

En 2016, ils ont travaillé à partir d’extraits du Cendrillon de Joël Pommerat. Si le conte leur était familier, sa réécriture dans un langage plus moderne leur a permis d’interroger le rapport entre le monde des adultes et celui de l’adolescence et d’envisager le conte comme un mythe poétique qui se réécrit à travers les âges.

En 2017, c’est autour de textes de Julie Aminthe et de David Lescaut qu’ont réfléchi les apprentis comédiens. L’entrée en classe de sixième, un sujet fort qui touche tous les collégiens, a contribué à créer une véritable dynamique de groupe entre des élèves qui n’ont pas le même âge puisque l’une des priorités de l’atelier est de réunir tous les niveaux, de la sixième à la troisième.

Cette année, le groupe travaille autour du texte de Sylvain Levey, Michelle doit-on t’en vouloir d’avoir fait un selfie à Auschwitz ?. Le débat est vaste mais reste ouvert et invite à une réflexion sur la manière dont les adolescents, mais aussi les adultes, ont de regarder le monde à travers les selfies. Peut-on tout prendre en photo ?

école et théâtre, deux espaces des possibles

Émilie Faucheux, comédienne et metteuse en scène à la compagnie Hume Théâtre est associée à l’atelier depuis sa création. Intervenante en milieu scolaire dès le début de sa carrière, elle aime confronter sa pratique à des personnes dont ce n’est pas le métier, élèves comme enseignants, en étant persuadée que cette "différence" éveille curiosité et partage des deux côtés. Pour elle, l’animation conjointe d’atelier entre artiste et enseignants permet d’établir des ponts, de partager l’intelligence et le sensible, de questionner en dépassant les a priori de part et d’autres, de fraterniser en faisant se rencontrer école et théâtre, deux espaces des possibles.

On dit souvent de l’artiste qu’elle travaille avec les élèves comme s’ils étaient de vrais comédiens. Pour sa part, Émilie Faucheux préfère affirmer qu’elle cherche à transmettre avec ténacité ce qui la passionne, en l’occurrence le jeu d’acteur qui demande une grande énergie et une grande exigence. Sa démarche qui privilégie l’investissement, le travail et l’amour de la recherche tend à remettre en question les représentations initiales des élèves selon lesquelles il y aurait ceux qui sont "naturellement bons" et les autres. Elle s’efforce également, grâce au travail de la mise en scène, de réveiller tout un imaginaire où l’on peut faire semblant, où l’on peut inventer des détournements, où l’on peut transposer. Elle envisage l’espace scénique comme un espace de liberté où la transgression est possible, comme un souffle d’air qui ouvre des portes aux apprentis comédiens dans la découverte d’eux-mêmes et des autres.

d’un projet à l’autre

Cette rencontre a également permis l’élaboration d’un autre projet avec un public plus vaste de collégiens. En effet, durant l’année scolaire 2016-2017, les élèves d’une classe de troisième ont participé à un projet starter avec l’artiste Émilie Faucheux autour de sa création M.A.D., une farce apocalyptique de Guillaume Allardi. Ces collégiens ont pu assister au processus de création de la pièce et écrire leurs propres farces dénonçant les régimes totalitaires, et ce en collaboration avec l’auteur. Des petites formes théâtrales qu’ils ont mises en voix et en espace ont été jouées lors de la fête du collège en juin dernier.


Voir en ligne : site du Théâtre Mansart