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Argumenter au théâtre - un atelier dramatique avec les Tréteaux de France

vendredi 8 décembre 2017, par Benjamin Girault

Invités par l’Association bourguignonne culturelle, les Tréteaux de France ont représenté les 15 et 16 novembre 2017, à Sciences Po Dijon, une adaptation d’un dialogue de Platon mise en scène par Grégoire Ingold. Les représentations de Lakhès – Sur le Courage, ont été précédés de deux ateliers de pratique théâtrale auxquels ont participé des professeurs de l’académie, mais aussi des lycéens de seconde option arts du spectacle du lycée Le Castel. Un projet qui s’inscrit pleinement dans le référentiel d’éducation artistique et culturelle.

Et si le lieu théâtral se transformait en un forum où chacun aurait la possibilité de débattre ? C’est l’hypothèse retenue par les Tréteaux de France et le metteur en scène Grégoire Ingold, de la compagnie Balagan Système. Reprenant à leur compte l’affirmation de Victor Hugo selon laquelle "le théâtre est une tribune", ils ont décidé de mettre en scène le dialogue de Platon intitulé Lakhès – Sur le Courage .

Doit-on ou non éduquer la jeunesse à la pratique des armes ? Est-ce là une définition de la vertu, ou encore du courage ? C’est la question que se posent deux pères, tous deux illustres généraux, Nicias, heureux et éclairé, et Lachès, homme pragmatique et droit. Opposés, ils échangent sur la question sous les yeux de Socrate à qui ils demandent de les départager. Le débat reste ouvert et Socrate invite le public à prendre parti.

Lakhes - sur le courage de Platon - Mise en scène et Adaptation de Grégoire Ingold from Tréteaux de France on Vimeo.

la pensée en interactions

En amont de la représentation, les professeurs et les lycéens ont pratiqué en atelier ce qui allait être l’essence même du spectacle auquel ils allaient assister le soir même : l’exercice de la pensée.

"La vérité sort de la bouche des enfants." "La propriété, c’est le vol." Voici quelques unes des vérités générales que le public, divisé en deux groupes opposés, est invité à discuter. Guidé par un comédien, chaque groupe dispose d’une heure trente pour défendre sa thèse en préparant son argumentation et en créant des personnages susceptibles de la soutenir.

Le travail commence par un analyse de l’affirmation de départ, dont chaque mot est reformulé avant d’être confronté aux autres termes afin de faire émerger des arguments. À l’issue de cette étape préparatoire, les deux groupes se retrouvent pour confronter leur point de vue sous l’œil bienveillant d’un jury qui devra délibérer de la pertinence des propos à la fin de la discussion.

Chaque participant incarne un personnage qu’il doit tenir jusqu’au bout. Les échanges se font de plus en plus nombreux et le débat est vif, entraînant une véritable réflexion autour de l’affirmation de départ. Le verdict du jury tombe : il n’est pas possible de dire qui a raison et la question reste ouverte. En définitive, les participants à l’atelier ont suivi sans le savoir un cheminement analogue à la structure même du spectacle qu’ils verront quelques heures plus tard.

incarner le texte pour mieux le comprendre

Pourquoi les élèves, dans leur immense majorité, aiment-ils assister à une représentation théâtrale ? Pour Sophie Carrouge, l’enseignante en charge du projet, la réponse justifie l’importance primordiale de permettre aux lycéens de fréquenter les théâtres : "Ils ont l’impression de comprendre ce qu’ils voient, ce qui n’est pas toujours évident lors d’une étude plus traditionnelle en classe." Elle souligne d’ailleurs que ce texte adapté de Platon, réputé difficile, devient plus limpide pour les élèves, et ce grâce au jeu des comédiens, à leurs attitudes, à leur élocution, ou encore aux costumes mais aussi grâce à l’atelier réalisé en amont.

Pour cette enseignante de lettres modernes au lycée Le Castel, tout atelier de pratique est une incitation à "incarner" un texte qui rend non seulement sa compréhension plus aisée mais qui permet également d’aborder de façon concrète la notion de représentation inscrite au programme.

Cette démarche active, qui implique les élèves, peut être réinvestie avec des approches pluridisciplinaires. En français, les ateliers de discussion - ou de "dispute" - permettent d’aborder dès la troisième le sujet de réflexion personnelle au DNB, ou encore, en classes de seconde et de première, l’exercice de la dissertation. Ils prennent également tout leur sens en classe de terminale en cours de philosophie. Ils peuvent être pris en charge par l’enseignant lui-même ou mieux encore par les Tréteaux de France qui se déplacent dans la France entière pour animer ces ateliers.

sensibilisation et distanciation : le point de vue d’un comédien

Tarik Bettahar insiste tout d’abord sur le plaisir qu’éprouvent les "artisans" des Tréteaux de France à animer ce type d’atelier avec des lycéens. Il observe tout d’abord que leur pratique facilite la prise de parole en public et bouleverse parfois l’ordre établi, les élèves habituellement meneurs s’effaçant derrière des élèves plus discrets qui se révèlent. Mais surtout, cela déclenche un vrai travail sur l’argumentation tout en se mettant à distance du sujet proposé. En effet, selon la thèse que l’élève aura à défendre, il pourra se retrouver en désaccord avec son point de vue initial et devra donc trouver des arguments forts et pertinents qui au départ n’étaient pas les siens.

Le comédien insiste également sur le fait que l’atelier sensibilise les élèves à la notion de théâtralité en les incitant à imaginer et à construire un personnage qui pourrait tenir telle ou telle argumentation. Enfin, la formule consistant à faire pratiquer avant la représentation permet aux lycéens de découvrir les acteurs d’abord en tant qu’artistes et en tant que personnes, puis en tant que personnages, ce qui accroit indubitablement leur intérêt pendant le spectacle.

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fréquenter, pratiquer, connaître

Dans un premier temps les élèves ont donc rencontré, dans le cadre de l’atelier, les artisans des Tréteaux de France, avec qui ils ont échangé mais également travaillé et amorcé une véritable réflexion. En outre, ils ont été invités à créer un véritable personnage qu’ils se sont appropriés lors du débat final pendant l’atelier. Ils se sont de fait confrontés à différentes techniques d’expression artistique, ce qui les a amenés à réfléchir à leur pratique tout en s’intégrant dans un processus collectif. Enfin, le soir même, ils fréquentaient l’œuvre des artistes en se rendant à la représentation de Lakhès – Sur le Courage, dans le lieu où ils avaient participé à l’atelier l’après-midi même, ce qui les a rendus plus familiers avec un texte a priori difficile puisqu’ils maîtrisaient le mécanisme de cette représentation.

En définitive, ce type de dispositif aide l’élève "à acquérir savoirs et savoir-faire, à construire sa propre personnalité, à développer son esprit critique, à devenir un citoyen responsable et ouvert, susceptible de s’intégrer dans une société démocratique", ce qui est, rappelons-le, un des fondements des enseignements artistiques.

contacts

Les Tréteaux de France – Centre dramatique national direction Robin Renucci

- Eric Proust, directeur technique 06 08 91 68 99 eric.proust@treteauxdefrance.com

- Maud Desbordes, administratrice de production 06 82 57 50 36
maud.desbordes@treteauxdefrance.com

Sophie Carrouge, professeur de lettres modernes sophie.carrouge@ac-dijon.fr


Voir en ligne : Les Tréteaux de France


[1Les tréteaux de France reviendront à Dijon dans le cadre du festival À pas contés de l’ABC avec Mon prof est un troll de Dennis Kelly, mis en scène par Baptiste Guiton et avec L’Avaleur, mis en scène par Robin Renucci, le jeudi 5 avril 2018 à 20h au théâtre des Feuillants.