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Bernard Friot et Odyssée-Livres - une histoire pressée !

Le 10 mars 2017 - Emmanuel Freund

Les 8 et 9 février 2017, les deux cents élèves de 6e et de CM du projet Odyssée-livres ont rencontré l’écrivain Bernard Friot à la bibliothèque d’Auxerre. Échanges de questions, de lectures, de textes et même parfois de rôles, lorsque les élèves ont montré leurs talents d’auteur à l’écrivain devenu… leur lecteur ! Ces rencontres ont également familiarisé les enfants au lieu de lecture publique par le biais d’un parcours Angles de vue.

« Tu as une fourchette à la main : qu’est-ce qu’elle te raconte ? » L’enfant considère, un peu étonné, l’objet que l’écrivain vient de lui tendre. Silence dans l’auditorium. Une cinquantaine d’élèves, d’enseignants et de bibliothécaires regardent, eux aussi, cette « fourchette », qui ressemble pourtant à s’y méprendre à un simple crayon... L’écrivain insiste : « Est-ce que tu vois la couleur du plat que la fourchette va te permettre de manger ? » Le regard de l’enfant s’éclaire. Réponse d’abord timide : « Le plat est orange ? Ce sont des merguez ! » Avec cette assiette de merguez oranges, une nouvelle histoire peut s’inventer. Elle ira rejoindre le cortège des récits de chaises parlantes, de maîtresse-sirène ou de professeur-vampire qui auront été inventées les 8 et 9 février.

C’est sous le signe de l’imagination et sur le mode de l’échange que se sont déroulées ces deux journées de rencontres entre deux cents élèves de cycle 3 et un auteur, Bernard Friot. Chacun est arrivé à la bibliothèque Jacques Lacarrière avec ses histoires, prêt à les offrir et à les partager. En guise d’accueil, l’écrivain a raconté quelques unes de ses Nouvelles histoires pressées, qui figurent en bonne place dans le défi-lecture Odyssée-livres. En échange de bons procédés, les élèves ont lu leurs propres récits assez librement inspirés des textes de l’auteur.

« La maîtresse a un bug. »

A chaque nouvelle proposition, Bernard Friot a apporté son commentaire, conseillant les uns pour donner de l’ampleur à leur lecture à voix haute, appréciant chez les autres l’efficacité de la narration, la spontanéité du style ou le potentiel d’idées auxquelles lui-même n’aurait pas songé. A partir du pastiche de « Un tableau trop bavard », l’histoire d’un tableau qui espionne la classe pour le compte de l’enseignante, l’auteur relève une expression utilisée par les écrivains en herbe : « La maîtresse a un bug » : « Je n’avais pas du tout pensé à cette possibilité, que si les objets deviennent des humains, les humains peuvent devenir des objets ».

C’est un peu cette inversion des rôles qui a été à l’œuvre durant ces journées : de jeunes lecteurs s’éveillant à l’écriture, sous le regard attentif et étonné d’un écrivain redevenu lecteur. Outre la reconnaissance formidable de voir leurs textes estimés par un auteur prestigieux et à leur portée, les élèves se sont nourris avec gourmandise de ses recettes d’imagination. Comme l’appétit vient en mangeant, nombre d’entre eux sont repartis avec un désir renforcé d’écrire, et d’inventer.

Ceux qui écrivent prendront le train…

Comment commencer une histoire ? L’histoire une fois commencée, comment la raconter ? Comment la lire et la faire partager ? A ces questions, la réponse proposée par Bernard Friot est souvent celle du corps. Le trajet de l’imagination commence par l’œil : observer la réalité autour de soi. La lecture se fait les deux pieds ancrés au sol, pour « trouver l’énergie ». L’écriture ne peut débuter que si le corps va bien, et souvent quand il est en mouvement. Interrogé par les élèves sur son « inspiration », l’auteur répond qu’il ne sait toujours pas ce que ce mot veut dire. Mais que pour écrire il lui arrive de prendre le train. Ou un bain. Ou que, tout simplement, il se met à marcher. « Ce qu’on ne peut pas toujours faire dans une salle de classe », regrette l’ancien professeur, avant de raconter qu’une fois, pour écrire une pièce de théâtre, il a calculé qu’il avait dû parcourir environ deux cents kilomètres à pied…

Aux nombreuses questions posées sur son métier d’écrivain, Bernard Friot a apporté des réponses simples et précises, en désacralisant tranquillement quelques mythes au passage. A un élève de 6e qui l’interrogeait sur sa « passion », il a expliqué que ce terme signifiait à l’origine la souffrance que l’on subit, et que pour sa part il trouvait ses activités juste « intéressantes » par leur variété et par le contact essentiel qu’elles lui apportaient avec les autres, ses lecteurs. A la question sur ses préférences littéraires, l’écrivain a cité quelques uns de ses confrères tout en observant que l’on n’était jamais obligé de s’attacher à « préférer » de façon exclusive tel ou tel auteur, ou tel ou tel livre. De même, à une interrogation sur ses ouvrages détestés, Bernard Friot élude et rectifie en douceur : « Il ne faut pas dire « je n’aime pas », mais plutôt « je n’aime pas maintenant  ». »

lectures publiques

En parallèle de leurs conversations avec l’auteur, écoliers et collégiens se sont retrouvés autour d’activités destinées à les sensibiliser à l’univers du livre. Dès leur arrivée, les élèves ont été accueillis avec une exposition réalisée par une des classes et affichée pour l’occasion dans le hall d’entrée de la bibliothèque. A partir du thème du monstre, des élèves de 6e ont réalisé des portraits écrits et illustrés déclinant les figures du monstre présentes dans les seize ouvrages qui constituent le défi-lecture de cette année. Le mercredi matin, c’est une « chasse aux livres » qui a été organisée dans la section adolescents du premier étage de la bibliothèque, afin de familiariser les (futurs) collégiens à la diversité des genres de littérature-jeunesse qui leur sont ou seront destinés. Dans l’espace enfants, cette quête a pris une autre forme : retrouver et présenter en public des livres en rapport avec la sélection du défi, en justifiant son choix par l’identité de l’auteur, du genre ou la proximité du thème. Le jeudi matin, les élèves ont eu la chance de bénéficier des talents d’une conteuse professionnelle qui leur a lu certaines histoires... de Bernard Friot.

Odyssée numérique

Sur l’ensemble des deux journées, l’enjeu était non seulement de mettre les enfants au contact de professionnels du livre mais aussi de leur faire découvrir un lieu de lecture publique que beaucoup fréquentaient pour la première fois. A la place d’une visite guidée classique en groupes-classes, c’est l’option du parcours sur tablettes numériques qui a été choisie pour faire explorer la bibliothèque, en autonomie, par des binômes d’élèves de CM et de 6e.

Il faut souligner que ce parcours avait été réalisé, dans le cadre de l’accompagnement personnalisé, par deux groupes de 6e, à la suite d’une visite de repérage de la bibliothèque qui s’était déroulée en décembre 2016. Même si le temps a souvent manqué pour achever l’itinéraire, le côté à la fois ludique et opérationnel de ce parcours multimédia, constitué de textes, d’enregistrements audio, de photos et de « quiz » réalisés par les élèves eux-mêmes, semble avoir séduit l’ensemble des participants, qui se sont accaparé l’outil avec une aisance déconcertante. Un tel succès valide amplement les efforts de leurs camarades. Pour Julie Jallerat et Emmanuel Freund, les enseignants qui les ont guidés dans cette démarche de médiation, cela justifie aussi la pertinence de la participation au dispositif départemental Angles de vue, qui constitue une part significative du volet "éducation aux TICE" du projet.

accompagnement personnalisé et liaison cycle 3

Pour autant, la réalisation du parcours ne représente qu’un aspect parmi bien d’autres de l’important travail de préparation qui a été accompli en amont des rencontres. Si le défi-lecture constitue le point de départ et le fil conducteur du projet Odyssée-livres, un nombre croissant d’activités de lectures, d’écritures, de productions orales et plastiques enrichit et donne du sens à la découverte des ouvrages de la sélection. Se déroulant principalement dans le cadre de l’accompagnement personnalisé, ces activités laissent une part importante d’initiative pédagogique non seulement aux enseignants de français qui mènent le projet, mais aussi aux collègues d’autres disciplines qui leur sont associés. L’enjeu étant également de travailler en liaison écoles-collèges, des échanges se développent entre classes ou groupes de 6e et classes de CM des écoles du secteur.

Privilégiant une approche sensible, Juliette Chalafre, professeur de français, et Estelle Ferry, professeur des écoles à Gurgy, ont proposé à leurs élèves et à leurs familles de réaliser un « mur des émotions » à partir de leurs lectures de la nouvelle "Façons de parker" afin de le faire partager à Bernard Friot le 9 février. Romain Gondy, professeur dans le groupe scolaire Saint-Siméon à Auxerre, a préféré travailler sur le rapport texte-images en s’inspirant des Peintures pressées de Bernard Friot. Ses élèves ont réalisé des productions écrites à partir de tableaux aussi variés que "la vague" d’Hokusaï ou des œuvres de Speedy Graphito. Pour d’autres collègues, comme Nathalie Gaudin (école Saint-Siméon), Christophe Dechaume (école Courbet) ou Jérôme Ferquel (école de Gurgy), c’est le jeu sur les possibles narratifs qui a été privilégié pour faire rédiger des récits à fins alternatives analogues à ceux de la série des histoires à la carte, où le lecteur peut choisir entre différents déroulements de l’histoire.

Au collège, d’autres directions de travail sont développées, comme celle de la présentation des ouvrages du défi-lecture déclinées sous différentes formes. Avec l’aide de Julien Fillon, coordonnateur REP et référent TICE, Vanessa Papin, enseignante de français, et Mélanie Bert, professeur d’histoire-géographie ont entrepris de mettre à jour le blog Odyssée-livres en faisant réaliser des formulaires de présentation sur les livres. Avec Sophie Busson, professeur d’arts plastiques, le travail sur les œuvres du défi donne lieu à la production d’affiches mettant en rapport le contenu narratif ou thématique des livres et les productions illustrées des élèves. Professeur d’espagnol, Frédéric Iturralde aborde avec ses élèves des compétences de lecture à voix haute en leur faisant produire des fichiers audio destinés à être mis en ligne sur le blog. Ivan Tessier, professeur documentaliste, a mis à profit les ressources du CDI en permettant à son groupe de mieux découvrir l’auteur et son œuvre.

un projet en devenir

Au total, l’implication d’une douzaine d’enseignants, premier et second degrés confondus, est mobilisée pour le déroulement de cette action qui tend à consolider la liaison cycle 3 tout en lançant des passerelles interdisciplinaires. Une telle mise en œuvre pédagogique induit nécessairement une évolution des pratiques professionnelles, que le "volet formation" du projet tente de favoriser. Cette année, outre la participation à la journée de formation départementale Angles de vue, une partie de l’équipe a pu prendre part à la conférence donnée par Bernard Friot à l’antenne Canopé d’Auxerre le mercredi 8 février 2017. Grâce à l’autorisation de l’Inspection académique, les collègues du premier degré ont également pu bénéficier, aux côtés des professeurs de français, du stage action culturelle organisé au Centre d’art graphique de la Métairie Bruyère de Parly le 3 février dernier. La présentation de l’offre exceptionnelle de cette structure permet déjà d’envisager les futurs développements à apporter au projet, notamment en termes de pratique artistique, dans la perspective de sa reconduction en 2017-2018.

Pour conclure provisoirement, il n’est peut-être pas inutile de préciser que l’ensemble de ce projet associant un collège REP et quatre écoles est le fruit d’une construction progressive qui s’inscrit dans le cadre d’un dispositif d’enseignement par compétences mis en place de façon expérimentale dès 2013 en 6e, et qui est actuellement en phase de généralisation à l’ensemble des niveaux du collège.

Inscrite au volet culturel de l’établissement, cette action et les « temps forts » qui l’émaillent sont rendus possibles grâce à différents partenariats qui se sont développés au fil des ans. Le réseau Canopé, en premier lieu, apporte ses ressources et son expertise sous différentes modalités : par le biais de l’appel à projets APAC tout d’abord, par le prêt d’ouvrages de littérature jeunesse ensuite et enfin par le conseil et la formation (TICE, lecture-écriture). En second lieu, l’apport du Conseil départemental de l’Yonne prend lui aussi différentes formes, que ce soit par le biais de l’appel à projets cultures ou par l’intermédiaire du dispositif Angles de vue dont il est à l’initiative. Cette année, le projet a pris une nouvelle dimension grâce au partenariat culturel initié avec le Bibliothèque municipale d’Auxerre, grâce à l’implication de son équipe dirigée par Carine Ruiz.

Enfin, Odyssée-livres bénéficie d’un suivi institutionnel qui commence par le soutien indispensable de l’équipe de direction du collège pilotée par Brigitte Morin, principale de l’établissement, et qui est relayé au niveau de l’Inspection académique par l’équipe de circonscription menée par Isabel Roumimeux, IEN de la circonscription d’Auxerre-1. Ce suivi se manifeste également par un support technique de la part de Jean-Michel Defaut, conseiller TICE, pour l’administration du blog, sans oublier le soutien bienveillant d’Eric Javoy, IEN-A, pour faciliter la mise en œuvre de liaison cycle 3 entre le collège et les écoles impliquées.

-  à découvrir : des extraits vidéo des rencontres avec Bernard Friot

-  à lire : l’article de L’Yonne républicaine du 10 février 2017

contacts

Julien Fillon, coordonnateur REP et référent TICE julien.fillon@ac-dijon.fr

Emmanuel Freund, coordonnateur du projet emmanuel.freund@ac-dijon.fr

Voir en ligne : blog Odyssée-livres

juin 2017 :

mai 2017 | juillet 2017


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