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Quand "ces filles-là" montent sur scène...

Le 23 février 2017 - Emmanuel Freund

Ces filles-là, c’est la pièce jouée le jeudi 16 février au Cèdre de Chenôve dans le cadre du festival À pas contés organisé par l’Association Bourguignonne Culturelle. A partir du texte d’Ewan Placey, cette œuvre évoque les thèmes du harcèlement, du pouvoir du groupe, de la quête de singularité. "Ces filles-là", ce sont aussi les huit comédiennes amateurs de collèges de Dijon et de Semur-en-Auxois qui ont intégré une équipe de professionnels sous la direction d’Anne Courel pour monter sur scène.

Lorsque le noir se fait, Agathe, Marguerite, Sarah et Zélie retiennent leur souffle et s’élancent d’un pas décidé sur scène. Elles sont élèves au collège Christiane Perceret à Semur-en-Auxois, et passionnées de théâtre. À leur côté, quatre autres jeunes amateurs, élèves au collège Montchapet de Dijon, et douze comédiennes de la compagnie Ariadne. Sous la direction d’Anne Courel, elles interprètent Ces filles-là, d’après un texte d’Evan Placey.

Sainte-Hélène est une institution, une école dans laquelle on entre à cinq ans pour faire sa scolarité complète avec dix-neuf autres filles, triées sur le volet pour être "amies pour la vie". Dans cet univers clos, elles grandiront ensemble pour le meilleur et pour le pire. C’est le paradis dixit les mères (qui veulent ce qu’il y a de mieux pour elles), l’enfer dixit les filles (qui le vivent au quotidien), les filles de Sainte-Hélène, les filles de Satanas. A Sainte-Hélène on comprend très tôt où est sa place... et on la garde ! Parmi elles, Scarlett est en bas de l’échelle depuis le début. Sa mère ne lui a rien appris ou quoi ?

À Sainte-Hélène, on est des petites filles civilisées.
Nous, les humains, on est bien plus intelligents que les poules.
On n’a pas besoin de se battre.
On le connaît, l’ordre hiérarchique.
Qui est en haut
Qui est au milieu
Qui est en bas
Toutes les filles de toutes les écoles de la ville le savent.
Assises chacune dans leur classe, à se jauger
À se renifler
À trouver leur place dans la hiérarchie, une place qui déterminera le reste de leur vie.
Moi, je suis au milieu. Une place confortable. Je la conseillerais à toutes les filles de cinq ans comme étant la plus sage.
C’est sûr. Scarlett est en bas. C’est tout.

Scarlett serait-elle un esprit libre ? Elle ose se parfumer, se maquiller. C’est une allumeuse, disent les autres filles. Rien d’étonnant à ce que sa photo nue fasse son apparition sur les portables ; on le savait, non ? La photo circule, la rumeur enfle, Scarlett est mise au ban du groupe. Personne n’ose élever la voix pour prendre sa défense. La photo la suit, la rumeur s’amplifie. Humiliée et reniée, Scarlett change de lycée mais le cliché la poursuit, refaisant inlassablement surface sur les réseaux sociaux et les écrans de téléphone. La photo fait preuve, la rumeur détruit, un corps est retrouvé…

Lorsque la salle se rallume, les trois cents spectateurs applaudissent. Parmi eux, les familles des collégiennes, cinquante-deux de leurs camarades, cinq enseignants et le chef d’établissement, Monsieur Patrice Lefol… Tous sont venus les encourager et tous sortent enthousiasmés par le travail scénique d’Anne Courel, le sujet de la pièce et la performance des jeunes comédiennes.

« J’ai aimé que ça soit un spectacle moderne qui parle de notre monde. » (Justin)
« La pièce nous a permis de réfléchir sur le thème du harcèlement. » (Lisa)
« J’ai aimé car le sujet nous parle. » (Astrid)

La pièce touche non seulement par la radicalité du traitement de son thème, le harcèlement, mais aussi par les choix scéniques de la metteuse en scène. « Il faut énoncer pour dénoncer », dit Anne Courel. Au service de cette dénonciation, un chœur de vingt jeunes filles qui « parvient à exprimer dans toute leur puissance les préoccupations, les questionnements et les dangers de l’adolescence où la reconnaissance (ou non) par les pairs tient lieu de vérité, au cours de laquelle la question de l’identité est primordiale mais doit se faire en respectant les lois du groupe, pendant laquelle être « un sans ami » est une honte absolue, l’originalité une tare, la solitude une plaie à cacher. Les filles savent, les filles ont raison, les filles racontent l’histoire de Scarlett à sa place : elle n’a pas droit à la parole. »

Ce projet est donc une réussite. En accueillant un groupe de huit adolescentes dans cette création, la compagnie Ariadne approfondit la question de la rencontre avec les jeunes. Une véritable opportunité pour les comédiennes-amateurs mais aussi une façon pour les comédiennes professionnelles de s’imprégner des problématiques que les adolescents rencontrent au quotidien, de leur rapport au monde et à la société.

article proposé par Gaëlle Cabau, professeur de français au collège Christiane Perceret

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