search

Accueil > événements > archives > 2016-2017 > en Côte d’Or > Rencontre à la Minoterie : Lucile Beaune, comédienne et marionnettiste

Rencontre à la Minoterie : Lucile Beaune, comédienne et marionnettiste

lundi 13 novembre 2017, par Laurence Rauline

Du 9 au 13 janvier puis 20 au 31 mars 2017, la Minoterie a accueilli en résidence la comédienne et marionnettiste Lucile Beaune (Cie Index, Essonne 91), pour la création de "Face au mur", un projet étonnant qui mêle philosophie et marionnettes et qui interpelle les collégiens. Plusieurs rendez-vous avec des scolaires se sont déroulés prévus durant ces deux périodes de résidence, véritables laboratoires de création ouverts à la réflexion collective. Reportage vidéo en ligne sur l’ensemble de la résidence.

Comment naissent nos idées sur le monde ? Sur le "bien", le "mal", sur ce qu’il faut penser ou croire ? D’où viennent nos jugements ? Pourquoi pensons-nous ce que nous pensons ? Portons-nous toujours au cours du temps le même regard sur les choses ? Sommes-nous toujours en paix avec nos idées ? Telles sont les questions que Lucile Beaune se pose, nous pose, et que son prochain spectacle entend soulever, avec distance et poésie. A partir de notre appréhension des notions de "bien" et de "mal", la marionnettiste interroge l’origine même de nos pensées – ces pensées de toutes sortes que nous formons, qui à leur tour nous forment, et qui parfois, peut-être, nous enferment.

Sur un banc, au fond, une vingtaine de livres, d’où le désir de création est né : Le mythe de Sisyphe de Camus, La Généalogie de la morale de Nietzsche, Le loup des steppes de Herman Hesse, L’Éthique de Spinoza, L’Enfant criminel de Jean Genet, les Carnets de sous-sol de Dostoïevski, Soyons heureux en attendant la mort de Pierre Desproges, ou encore Le bien le mal c’est quoi ?, petit livre pour enfants d’Oscar Brenifer et Clément Devaux...

Sur les murs, de grandes affiches sur lesquelles sont écrites, au feutre noir, des questions, des citations, des idées, qui prennent parfois la forme de schémas – l’ensemble formant en quelque sorte la matière brute de la création à venir.
Dans un angle de la salle, plusieurs marionnettes – marionnettes à gaine, marionnettes à tige, marionnettes type Guignol, marionnettes type Muppet, marionnettes neutres ou plus réalistes – que Lucile Beaune a pour la plupart fabriquées elle-même.

Au sol, plusieurs boîtes en carton, qui deviendront peut-être des personnages.

des rencontres avec les scolaires

L’espace est donc encore très nu, ce vendredi 13 janvier 2017, lorsque deux classes de collégiens accompagnés de leurs enseignants (classe de 6ème HAT du collège Montchapet de Dijon, classe de 5ème du collège Rimbaud de Mirebeau-sur-Bèze) sont accueillies à la Minoterie pour une rencontre avec Marion Chobert, metteuse en scène, et Lucile Beaune. Cette dernière, comédienne et marionnettiste, est avant tout ici, depuis le début de sa résidence, "penseuse" ou "philosophe" : c’est en effet à la lecture et à l’écriture qu’elle consacre pour l’heure l’essentiel de son temps. Un premier temps de questionnement donc, à partir duquel s’élaborent progressivement une pensée personnelle, des hypothèses de narration, des pistes de mise en scène.

Les élèves découvrent ainsi que la création d’un spectacle vivant peut débuter par de longues périodes de réflexion, d’écriture, et ne peut donc faire l’économie d’une certaine part de solitude.

une démarche de création participative

La démarche de Lucile Beaune, pourtant, est tout sauf solitaire : elle intègre même au processus de création des temps de débats collectifs et/ou d’ateliers d’écriture. L’idée est d’élaborer de véritables laboratoires d’idées, et que se constitue progressivement une sorte de « communauté de recherche » autour de cette création. Différents publics sont impliqués, à travers la participation à des ateliers (d’écriture, et/ou de réflexion, et/ou de fabrication de marionnettes) : un groupe de personnes âgées avec le Festival Modes de vie à Dijon, un groupe de jeunes de l’UEAJ à Dijon, quelques étudiants en philosophie de l’Université de Bourgogne, des enfants scolarisés en école élémentaire et qui seront accueillis à la Minoterie.

Le collège A. Rimbaud de Mirebeau-sur-Bèze est particulièrement impliqué, puisque l’établissement accueille en résidence longue (projet porté par la Minoterie) le groupe GRE (Groupe de Recherche et d’Entraide artistique), qui regroupe Lucile Beaune (Cie Index), Marion Chobert (Cie Esquimots) et Vincent Régnard, jongleur (Cie Manie). Lucile Beaune travaillera encore dans ce collège avec une classe de 4ème dans le cadre d’un Parcours Starter, "C’est bien ou c’est mal ?" : autour des quatre disciplines que sont les arts de la marionnette, le cirque, le théâtre, et la philosophie, les élèves de toutes les classes du collège de Mirebeau-sur-Bèze auront ainsi l’occasion de participer activement à la création de "Face au mur".

Cette participation a débuté, ce vendredi 13 janvier, par une rencontre très stimulante entre les collégiens et Lucile Beaune : observation et manipulation de marionnettes, explications relatives à leur fabrication, puis mise en place d’un exercice (ou atelier) d’écriture.

Le spectacle "Face au mur", explique la marionnettiste, interrogera la manière dont un individu pense et se forge des opinions. Il mettra en scène le parcours d’une personne qui racontera comment, au cours de son enfance, puis de son adolescence, ses idées se sont constituées, puis effondrées, puis re-formées. Pour tâcher de comprendre comment tout cela "fonctionne", s’élabore, comment naissent nos idées et nos valeurs, Lucile Beaune explique avoir besoin "des idées des autres", de leurs récits, de leurs témoignages. Et c’est dans cette perspective que les collégiens ont donc été conviés à sonder (par écrit) leur propre esprit, à partir de trois questions-consignes :
- Quelles sont les principales règles - "il faut / il ne faut pas" - auxquelles on vous demande le plus souvent de vous soumettre ?
- Que pensiez-vous "vrai" avant / que vous pensez "faux" aujourd’hui ?
- Y a-t-il une chose que vous faisiez avant/ que vous ne faites plus aujourd’hui ?

Après ce temps d’écriture libre et anonyme, les élèves se sont livrés à la lecture à voix haute, et de façon aléatoire, de quelques-unes de leurs productions. Ils ont pu alors réfléchir à l’aspect normatif, contraignant, et impersonnel de certains de ces interdits ou conseils ; et à la nécessité, par conséquent, de se réapproprier sa pensée : n’est-ce pas là, au fond, l’objectif commun de la création artistique et de la philosophie ?

article proposé par Cécile Duborgel, professeur missionné en service éducatif à la Minoterie

A voir...

- teaser sur la résidence d’artiste menée dans l’établissement (novembre 2017) :

- reportage complet sur la résidence :

Le teaser et le reportage ont été réalisés par Johann Michalczak.


Voir en ligne : le site de la compagnie Index