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Quand rayonne SaYONNE’ara …

lundi 13 juin 2016, par Emmanuel Freund

Le 11 mai dernier, dans le prolongement de la journée SaYONNE’ara de Sens, s’est déroulée une manifestation autour du manga au marché couvert d’Avallon. Organisé par Angélique Ségura et Khadidja Derdaze, documentalistes au collège Maurice Clavel et à la cité scolaire des Chaumes, cet événement ouvert aux scolaires comme au grand public a rassemblé plus de cinq cents personnes pour sa première édition. Un succès qui confirme l’engouement des jeunes pour la culture manga ainsi que son intérêt pédagogique en terme d’incitation à la lecture et d’ouverture culturelle.

A. Ségura et K. Derraze

Lors de la journée Sa’YONNEara d’Avallon, la variété des activités proposées illustre la fertilité de l’opération… et l’inventivité de ses organisatrices, qui ont pris une revanche sur le coût des transports et la rareté des subventions en créant leur propre événement. Le dessinateur Grégory Blondin, déjà invité lors de la journée Sa’YONNEara de Sens, a animé un atelier de dessin. Outre l’incontournable défilé de cosplay, les jeunes ont pu se livrer à la confection de koïnobori, des carpes en papier. Faute de carpes, on peut aussi fabriquer des grues, oiseaux qui sont censées porter bonheur dans la culture japonaise, à condition toutefois d’en offrir… un millier ! A défaut d’apporter la félicité, cette activité de fabrication illustre l’implication de la vie scolaire de l’établissement, tout comme l’activité tangram reflète celle des élèves de SEGPA, qui ont également préparé le déjeuner pour tous les intervenants bénévoles. Les élèves de la classe ULIS, quant à eux, ont également été associés à l’événement en tenant la buvette et en proposant des gâteaux japonais.

Au collège Maurice Clavel, le Prix est mené en lien avec la cité scolaire des Chaumes dans le cadre de la liaison 3e-2nde et en partenariat avec la librairie L’Autre monde d’Avallon. Au total, le dispositif est suivi par plus de quatre-vingts élèves, que ce soit dans le cadre de la classe avec les enseignants de lettres François-Julien Georges, Sophie Rollot et Tifaine Cartereau, ou dans celui du club manga qui réunit environ une dizaine d’amateurs chevronnés.

un foisonnement pédagogique

On retrouve la richesse thématique du manga dans la diversité de son exploitation pédagogique. La lecture du manga est tout d’abord une base d’échanges entre les élèves, puis entre eux-mêmes et les professeurs. Elle peut aussi donner lieu à la réalisation d’exposés à partir de thèmes d’actualité dans les dix ouvrages de la sélection seinen (mangas destinés à des adolescents), comme la censure au Japon dans Poison city (éditions Ki-oon), l’agriculture biologique avec Les Pommes-miracles (éditions Akata), le handicap à partir de Silent voice (éditions Ki-oon), ou encore le thème de la frontière entre l’homme et la machine dans le manga d’anticipation Demokratia (Kaze).

Cette catégorisation du manga par tranche d’âge peut se révéler un atout dans la liaison interdegrés puisqu’elle constitue le fil conducteur d’un parcours de découverte organisé lors d’une matinée au lycée des Chaumes à l’attention des futurs élèves de Seconde.

Les enseignants d’Avallon ne sont d’ailleurs pas les seuls à exploiter les potentialités de ces catégories traditionnelles : pas très loin de chez eux, à Vermenton, Danièle Boisson, professeur documentaliste du collège Leroi-Gourhan, a réuni une douzaine de lecteurs de mangas shonen et shojo, c’est-à-dire destinés à un public respectivement composé de préadolescents et de préadolescentes. Comme une évidence, les dix ouvrages des deux catégories sont lus indifféremment par les filles et les garçons pendant leurs heures d’étude, ce qui constitue une base de dialogue entre les uns et les autres.

créativité et ouverture culturelle

En tant que roman graphique, le manga offre évidemment des pistes pour les professeurs d’arts plastiques : inventer la dernière case d’une planche de BD en respectant la cohérence narrative et les codes graphiques du genre ; créer un atelier kamishibaï sur le thème du jardin… ces activités peuvent également faire l’objet d’un travail en interdisciplinarité pour des projets plus ambitieux, comme au collège Montpezat de Sens où le genre a servi de support pour adapter L’Avare de Molière dans un contexte contemporain

C’est dans cet établissement, berceau du Prix Sa’YONNEara dans ses déclinaisons scolaires, que Sandra Bouaïss, professeur documentaliste, s’est saisie du dispositif pour en faire un vecteur d’ouverture culturelle. Un certain nombre d’actions destinées à faire découvrir la culture japonaise ont été lancées, avec l’intervention bénévole d’étudiants aux Beaux-arts et le soutien du FSE. Certains ouvrages de la sélection 2015-2016ont fait l’objet d’un développement plus approfondi dans le cadre des programmes de français en 3e, ou encore sur des sujets comme l’édition et la censure dans le Japon contemporain.

Clubs manga et comité de lectures permettent de rassembler des élèves d’âges et de niveaux différents autour de pratiques culturelle communes, et ces initiatives fédératrices prennent parfois une dimension extrascolaire, comme aux Champs-plaisants où la préparation d’un défilé de cosplay a associé les couturières du quartier à la confection des costumes inspirés de l’univers graphique des mangas.

aux origines du Prix

A l’origine de ce dispositif florissant, il y a un binôme de bibliothécaires engagées dans leur métier « dont le cœur est de faire vivre les livres ». Après un passage à la Bibliothèque départementale de l’Yonne, Chloé Beudin travaille à la médiathèque de Sens, d’où elle coordonne le Prix auprès d’un réseau de vingt-quatre bibliothèques sur l’ensemble de l’Yonne. Ancienne professeure documentaliste contractuelle, Cécily Carriau assure la liaison avec les quelques trente établissements scolaires impliqués dans le Prix en 2015-2016. Leur enthousiasme et leurs expériences professionnelles antérieures contribuent à l’efficacité et au succès rapide du dispositif qu’elles ont créé il y a seulement quatre ans, grâce au soutien de la Ville de Sens et du réseau Canopé.

Au début, comme beaucoup de lecteurs adultes, Choé et Cécily avaient tendance à ne percevoir dans le manga qu’un « sous-genre » - voire un mauvais genre. Sensible cependant à l’attrait exercé sur les jeunes, elles se lancent en participant à quelques concours, qu’elles abandonnent bien vite en jugeant leur organisation trop « verticale ». Ce qui les déterminera à créer un dispositif original, avec un objectif simple dans son ambition : contribuer à resserrer les liens entre documentalistes et bibliothécaires en proposant une opération d’incitation à la lecture fondée sur une sélection de qualité.

Le succès est au rendez-vous, qu’une organisation dynamique a su préparer, sinon anticiper : en l’espace de trois ans, le prix a gagné les trois quarts des établissements de l’Yonne, dans toute leur diversité : collèges et lycées, mais aussi lycées professionnels, EREA et lycées agricoles. Une heureuse surprise et une réussite authentique, se mesurant au degré d’intérêt à l’égard d’un genre méconnu qui semble être en mesure de réconcilier bien des jeunes avec la lecture.

invitation pour les uns, confirmation pour les autres

Le manga, une panacée ? Sur la base de ses observations, Chloé Beudin livre une analyse plus nuancée. Selon elle, le manga, par la rapidité de lecture qu’il autorise et par les références à la culture adolescente qu’il présente, est un genre qui tente et qui rassure les lecteurs fragiles voire les non-lecteurs. Au point que certains élèves en décrochage scolaire retrouvent le chemin du livre par l’intermédiaire du manga, qui leur redonne confiance dans leurs habitudes de lecture. Cependant, la bibliothécaire constate aussi que « les plus gros lecteurs sont des lecteurs de manga ». Littérature d’incitation ou littérature de confirmation, le manga s’apparente à un média rassurant, propre à conduire ou à reconduire les uns vers le seuil du livre, tout en incitant les autres à poursuivre leur cheminement.

- consulter le file_download Sa’YONNEara - bilan de la 4e édition


Voir en ligne : présentation de SaYONNE’ara - 5e édition 2016-2017